Caton 

Caton le censeur: (234 avant J.C. à 149 avant J.C.)

La vie humaine est à peu près comme le fer. Si on le fait travailler, il s'émousse ; si on ne le fait pas travailler, la rouille le détruit quand même. Ainsi, nous voyons que les hommes s'usent en travaillant ; mais si on ne leur fait rien faire, la paresse et la torpeur causent plus de dommages que le travail. Paroles de Caton, citées par J. N. Robert dans son livre : "Caton ou le citoyen".

De son vrai nom Marcus Porcius Priscus. On peut supposer que son surnom (cognomen) de Cato est issu du latin " catus " qui a comme signification " intelligence vive ". Il est issu d'une famille paysanne modeste de Tusculum. Il était plébéien, ce fut donc un homo novus. Il combattit durant la seconde guerre punique en Espagne.

" Ce célèbre personnage avait une grande force d'âme, une grande énergie de caractère et, dans quelques conditions que le sort l'eût fait naître, il devait etre lui-meme l'artisan de sa fortune. Les uns se sont élevés au faîte des honneurs par leurs connaissances en droit, les autres par leur éloquence, d'autres enfin par l'éclat de leur gloire militaire. Caton avait un génie souple et flexible ; il excellait dans tous les genres au point qu'on l'eût dit exclusivement né pour celui dont il s'occupait. A la guerre, il payait courageusement de sa personne et il se signala par plusieurs actions brillantes ; parvenu au commandement supreme, ce fut un général cossommé. En temps de paix, il se montra très habile jurisconsulte et très fameux orateur, non pas de ceux dont le talent brille d'un vif éclat et qui ne laisse après eux aucun monument de leur éloquence. Car la sienne a survécu ; elle respire encore dans les écrits de tous les genres. "

Tite Live XXXIX, 40

En 204 avant J.C., il fut questeur sous Scipion l'Africain

· En 199 avant J.C., il fut preteur en Sardaigne, il profita de son autorité pour y supprimer l'usure.

· En 195 avant J.C., il fut consul avec son ami et protecteur L.Valerius Flacus.

· En 184 avant J.C., il fut élu à la censure, toujours avec son ami Flacus.

" L'aristocratie attaqua sa candidature comme elle l'avait attaqué durant toute sa vie. Tous les candidats sauf Lucius Flacus, son ancien collègue au consulat, s'étaient ligués contre lui : non seulement ils voulaient garder cette charge pour eux et trouvaient scandaleux de voir un plébéien accéder à la censure, mais surtout ils craignaient sa sévérité dans l'exercice de ses fonctions ; sa censure risquait d'etre fatale à la réputation de beaucoup de gens en raison des coups qu'il avait reçus et brûlait de rendre. Meme comme candidat, il avait sans cesse la menace à la bouche, soupçonnait les électeurs de voter contre lui parce qu'ils avaient peur d'avoir un censeur indépendant et courageux. "

Tite-Live XXXIX 41 (traduction de A. Flobert)

Il s'occupa en particulier de refaire tout le système d'égout de Rome lors de sa magistrature.

Il voulut préserver les vielles coutumes romaines, le " mos majorum " ; de là, son extreme sévérité contre tout ce qui était grec, en fait, il fut le porte parole de beacoup de Romains qui pensaient comme lui mais il séjourna à Athènes et sur le tard, il se mit à apprendre le grec. Il attaqua les Scipion pour leur luxe et plus particulièrement Scipion l'Africain pour son incompétence lorsqu'il se présenta au consulat. Il avait un conservatisme moral et politique qui les opposait, Scipion était impérialiste, expansionniste et grécophile. Caton s'opposa à ses projets d'expansion vers l'Orient.

Certains historiens ont vu en lui un chef de file anti-impérialiste, pour lui Rome devait rester latine et ne pas s'intéresser au reste du monde.

Il fut à l'origine de deux lois, l'une la " lex orchia " contre le luxe, l'autre la " lex vocania " qui limitait les possibilités financières d'une femme. Et c'est d'une idée à lui que vient la loi Villia Annalis qui précise les conditions de parcours du Cursus Honorum.

Il condamna toute manifestation publique entre époux (un sénateur qui avait embrassé sa femme publiquement devant sa fille fut exclu du sénat - Il était dans les prérogatives d'un censeur d'exclure du Sénat un homme jugé indigne).

Sur la fin de sa vie, il fit un voyage diplomatique en Afrique et devant le luxe déployé par les Carthaginois, leur renouveau rapide après tant de combats, il pensa que leur ville était une menace pour Rome. C'est pourquoi il terminait tous ses discours par la fameuse phrase " Cartago delenda est ", Carthage doit etre détruite. Il suscita la troisième guerre punique dont il vit la fin. Il a essayé d'exclure tout luxe de sa vie, il habitait modestement dans sa ferme. Il fut un mari dur, un père strict, un fonctionnaire incorruptible, un maître odieux pour ses esclaves (il vendait ceux qui étaient devenus trop vieux), il disait d'eux qu'un esclave devait travailler ou dormir et aussi, dans son traité d'agriculture, il assimilait l'esclave à du " bétail parlant ".

Il écrivit pour son fils sur différents sujets, à l'exclusion de la philosophie, ses écrits devaient lui donner une éducation essentiellement romaine, non influencée par la culture grecque (toujours la meme obsession). Ses ouvrages sont aujourd'hui perdus bien qu'à l'époque de Cicéron, ils fussent conservés. Il donna une histoire de Rome en sept livres. Il écrivit, même, un traité sur l'agriculture " De Re Rustica " qui eut un grand succès pendant des années et des années où il démontrait aux exploitants agricoles comment bien gérer une propriété de taille moyenne.

De sa deuxième épouse (il convola en justes noces pour la deuxième fois à la fin de sa vie), une très jeune fille dont le père était un de ses clients, il eut un fils qui fut le grand-père de Caton d'Utique. Il mourut à 85 ans.

Il est curieux de constater que les enfants, à la Renaissance, apprenaient à lire dans les sentences morales qu'il avait rédigées.

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