FASTES

Ovide

Livre VI

Traduction : Par M. THEODOSE. BURETTE.

Edité par PANCKOUCKE

1834

Très peu adapté aux formes modernes.

SOMMAIRE DU LIVRE VI.

Ovide va chanter un nouveau mois ; il doit donner de nou­velles étymologies. Cette fois encore une forme brillante revêt ses recherches d'érudition dont le fond est toujours le même. La di­vinité descendra pour l'instruire. Les incrédules douteront de ce commerce du poète avec l'Olympe. Mais le dieu leur répond :

- Est Deus in nobis , agitante calescimus illo.

Dans l'asile silencieux d'une épaisse forêt, l'auguste épouse de Jupiter, vient réclamer auprès du chantre des mois l'honneur
d'avoir donné son nom à celui de juin. Elle plaide sa cause devant le poète, qui devient l'arbitre suprême de la gloire des
dieux. Fille du roi du ciel, épouse et sur de Jupiter, déesse de la lumière sous le nom de Lucine, Junon ne régnerait pas sur
une portion de l'année ; elle serait plus maltraitée que la courtisane Maïa; fille d'Atlas ! Mais voilà que la belle épouse d'Hercule, Hébé, déesse de la jeunesse, élève ses prétentions rivales. Sans doute le combat se serait engagé entre les deux déesses, lorsque survint la Concorde, le front ceint du laurier d'Apollon. Elle veut établir la paix à son profit. C'est pour consacrer l'union qu'elle ménagea entre Tatius et Quirinus, entre les Romains et les Sabins, que le mois de juin ( Junius a junctis) a été ainsi appelé. Ovide, plus prudent que Paris, ne croit pas devoir porter de jugement entre les trois prétendantes. Il en aurait toujours deux contre lui, et il se sou­vient du sort de Pergame. Carna, déesse des Gonds, qui ouvre ce mois, doit cet attribut bizarre à une aventure non moins singulière. Elle s'était jouée de tous ses amants ; mais elle ne put tromper le clairvoyant Janus. Carna sauva les jours de Procas encore enfant. Carna est une divinité des premiers âges de Rome, âges de simplesse et de pauvreté. Ennemie d'un vain luxe, elle veut qu'on l'honore en mangeant les mets les plus grossiers : du lard, des fèves avec un
peu de farine.

Au commencement de ce mois, des temples ont été élevés à Junon Moneta, au dieu Mars, à la tempête terrible. Si de la terre vous portez vos regards sur la routé des cieux, vous verrez paraître l'oiseau de Jupiter, et les Hyades donner le signal des pluies. Regardez maintenant ce temple de Bellone, fondé par Appius l'Aveugle. La petite colonne qui est à côté est celle d'où le fécial lance le javelot fatal qui annonce la guerre aux nations. Le jour d'après les ides est favorable, aux nuds de l'hymen. Il voit les jeux consacrés au dieu dû Tibre. Il a vu autrefois les Romains, pour se défendre contre les ruses des Carthaginois, élever un temple à l'Esprit, à l'Intelligence. Le poète, plein d'un frémissement religieux, ouvre le sanctuaire de Vesta. Vesta est la même que la Terre. La forme de son temple a été déterminée par cette circonstance. Ovide, entassant, donne une raison singulière de la rotondité de la terre. Vesta ne veut être servie que par des vierges. Elle est vierge elle-même, et préside au feu, d'où l'on ne voit naître aucun corps. Le poète donne l'étymologie de Vesta (propria vi stat.). Vestibule en vient. Une ânesse est immolée en ce jour. Le rubicond Priape donna nais­sance à cet usage.

Au siège de Rome par les Gaulois, lorsque le Capitole, en proie à la famine, voyait l'armée innombrable des Barbares se dérouler dans les campagnes d'alentour, une résolution généreuse sauva le nom romain d'une entière destruction. Le reste des pro­visions de bouche que possédaient les Romains fut jeté au milieu du camp des Gaulois, qui, trompés par cette feinte, renoncèrent dès lors à prendre par la famine l'inexpugnable rocher du Capi­tole. Comme on devait au maître des dieux l'idée de ce strata­gème salutaire, on lui dressa un autel sous le nom de « «  Jupiter Boulanger ». Aucun détail n'est oublié sur ce qui concerne Vesta, ni le dévoûment du pontife Metellus, ni la punition des vestales sacrilèges, qui descendaient vivantes dans le sein de la terre. La fête de «  Matuta », la «  Leucothoé » des Grecs, la même qu'Ino, présente au poète des souvenirs nombreux. Il raconte la faiblesse d'Ino,la vengeance de Junon, et enfin l'apothéose de Matuta et de son fils. Trahie par une esclave, Matuta défend aux esclaves l'approche de son temple.

Dans le sanctuaire de la Fortune, on voyait une image voilée du roi Servius. Cette déesse aveugle ne le fut point pour ce roi de Rome. Chaque nuit elle pénétrait dans son palais. Et l'on dit que, rougissant de sa faute, elle veut dérober aux regards des hommes les traits qui l'ont séduite. Quelques-uns pensent qu'un tyran ombrageux fit voiler l'image de ce roi chéri, dont la vue réveillait les regrets du peuple. Il existe une troisième opinion. La fille dénaturée de Servius, cou­verte du sang de son père, avait osé paraître dans le temple de la Fortune, où il était représenté sur le trône. On dit que la sta­tue porta ses mains devant ses yeux, et s'écria : «  Qu'on me dé­robe l'aspect odieux de ma fille ! » . Tullius était fils de Vulcain et de la belle esclave Ocrésia de Coniculum. Lisez les détails de cette génération merveilleuse.

Le temple de la Concorde est dû à la munificence de Livie, épouse d'Auguste. Aux ides, Jupiter Invincible compta un autel de plus. Pendant les «  quinquatrus minores », un joueur de flûte court par toutes les rues de la ville, en mémoire de la rentrée triomphale de ces artistes, autrefois expulsés de Rome par une ordonnance consulaire. Les constellations se succèdent dans les cieux. Le poète raconte en passant, l'histoire d'Hippolyte, le fils infortuné de Thésée. Les jours s'écoulent : le temps est un coursier rapide qu'aucun frein n'arrête. Sept jours encore, et le mois de juin aura terminé son cours. Ils sont remplis par la fondation de quelques temples. Le jour natal des calendes juliennes, fournit à Ovide le sujet d'une péroraison louangeuse.

Livre VI

Ce mois aussi porte un nom auquel on attribue di­verses origines; après les avoir toutes exposées, je lais­serai la liberté du choix. Mes chants seront un récit fidèle mais quelques incrédules les traiteront sans doute de fictions, et ne voudront pas croire que jamais divinité soit apparue à un mortel. Et pourtant un dieu vit en nous : son inspiration nous échauffe, et notre en­thousiasme est une émanation de l'esprit céleste. À moi surtout, et mon titre de poète, et l'objet sacré de mes chants, ont permis d'envisager les dieux.

Il est un bois épais, lieu retiré dont le silence n'est interrompu que par le murmure des eaux. Là, je médi­tais sur l'origine du mois que je chante, et son nom occupait ma pensée. Tout à coup j'aperçois des déesses, non celles qui apparurent au chantre de l'art aratoire, lorsqu'il suivait ses brebis d'Ascrée ; ni celles dont le fils de Priam compara la beauté dans les humides val­lons de l'Ida. L'une d'elles pourtant était devant mes yeux, l'une d'elles, la sur de son époux, celle, je la reconnus, qui a sa place au Capitole. Je frémissais, et ma pâleur silencieuse trahissait mon trouble, quand la déesse dissipa elle-même la terreur qu'elle avait causée : «Poète, dit-elle, toi qui élèves un monument à l'année romaine, et qui oses traiter de graves sujets sur un mode léger, tu t'es acquis le droit de voir les puissances des cieux, quand tu as entrepris de consacrer leurs fêtes par tes vers. Or, afin que tu ne l'ignores, et que tu ne sois entraîné par l'erreur vulgaire, apprends que « Juin » a reçu son nom de notre nom.

« C'est quelque chose, d'avoir épousé Jupiter, d'être sur de Jupiter et je ne sais si je dois être plus fière de l'avoir pour Frère ou pour époux. Si l' on considère la naissance : la première, j'ai donné à Saturne le nom de père, je suis la fille aînée de Saturne. Du nom de mon père, Rome autrefois fut appelée Saturnie : ce fut son premier asile après qu'il fut chassé des cieux. Si c'est à l'hymen qu'on s'attache : je m'appelle l'épouse du dieu tonnant, et mon temple se marie à celui de Jupi­ter Tarpéien. Eh! quoi, une concubine aura pu donner son nom au mois de « Mai »? et l'on m'envierait le même honneur? Pourquoi donc m'appeler reine, et la pre­mière des déesses? pourquoi mettre en ma main le scep­tre d'or? Les jours composeraient le mois, et je tien­drais des jours le surnom de Lucine, sans qu'aucun mois portât mon nom. C'est alors que je me repentirais d'avoir fidèlement déposé ma colère contre la race d'E­lectre et la maison de Dardanus; ma colère, deux causes l'animaient pourtant : l'enlèvement de Ganymède, et m a beauté vaincue au jugement du pasteur de l'Ida. Certes, je me repentait davoir retiré ma protection aux murs deCarthage, quoique mon char et mes armes y fussent renfermés; je me repentirais d'avoir mis sous la domination du Latium, Sparte et Argos, et ma chère Mycènes, et l'antique Samos; ajoute le vieux Tatius, et les Falisques, mes adorateurs fidèles, que j'ai laissé sub­juguer par les Romains. Mais non, point de regrets, car aucune nation ne m'est plus chère : c'est ici que je veux être adorée, ici que je veux avoir un temple avec mon Jupiter. Mars lui-même m'a dit : « Je te recommande ces remparts; tu seras toute-puissante dans la ville de ton petit-fils. » Il m'a tenu parole; je suis adorée sur cent autels mais j'estime à l'égal de tout autre l'honneur de présider à ce mois. Cet honneur, je ne le tiens pas de Rome seulement; les peuples de son territoire m'ont attribué le même patronage. Consulte les Fastes de la bocagère Aricie, ceux du peuple Laurentin et de mon Lanuvium : là, ce mois est celui de Junon. Consulte Tibur et les murs consacrés à la déesse de Préneste: tu apprendras que cette époque appartient à Junon et pourtant Romulus n'a pas fondé ces villes, tandis que Rome est la cité de mon petit-fils. »

Junon se tut; je levai les yeux, et là je vis l'épouse d'Hercule, dont le visage était brillant de jeunesse. «Si ma mère, dit-elle, voulait m'exiler tout à fait du ciel, je ne demeurerais pas, malgré ma mère. Je ne prétends donc pas entrer en lutte avec elle au sujet du nom de ce mois; je serai douce et presque suppliante : c'est par la prière que j'aimerais à faire triompher mon droit, et peut-être toi-même seras-tu favorable à ma cause. Ma mère a reçu sa part d'un temple sur le som­met brillant du Capitole ; elle y occupe avec Jupiter la place suprême qui lui est due. Quant à moi, toute ma gloire dérive de l'origine de ce mois; c'est mon unique honneur que je réclame. Où est le mal , si vous avez, Romains, postérité reconnaissante, donné le patronage d'un mois à l'épouse d'Hercule? Cette terre me doit aussi quelque tribut, sans doute, au nom du héros mon époux ; il conduisit ici les bufs qu'il enleva. Ici, Cacus, mal protégé par ses flammes et par les dons de son père, teignit de son sang le sol de l'Aventin. Venons à des temps plus modernes : Romulus divisa son peuple sui­vant l'âge, et le distribua en deux parties; l'une plus propre aux conseils, l'autre aux combats : aux uns de décider la guerre, aux autres de la faire. Ainsi le vou lut Romulus, et il reproduisit dans les mois cette distinc­tion des âges : Juin est le mois des jeunes gens; celui qui précède, est le mois des vieillards. »

Elle dit; la chaleur du débat les eût engagées dans une contestation sérieuse, et la piété eût été mise en oubli par la colère, quand survint la Concorde, dont la longue chevelure est couronnée du laurier d'Apollon; la Concorde, ouvrage et divinité d'un chef guerrier et pacificateur. Après avoir rappelé Tatius et le courageux Quirinus, et la fusion des deux trônes et des deux peuples, et la réunion des beaux-pères et des gendres au même foyer, « C'est de leur jonction, dit-elle, que Juin a reçu son nom. »

J'ai dit les trois origines mais vous, pardonnez, ô déesses : ce n'est pas moi qui trancherai le différent. Je veux vous renvoyer toutes égales; le juge qui donna le prix de la beauté, causa la perte de Pergame : l'ini­ mitié de deux déesses est plus nuisible, que n'est utile la protection d'une seule.

Le premier jour t'est consacré, Carna ; c'est la déesse des gonds, celle dont la puissance ouvre ce qui est fermé, ferme ce qui est ouvert. Quelle est l'origine de son pouvoir? c'est une tradition obscurcie par le temps mais le doute sera dissipé par mes vers.

Aux bords du Tibre s'élève l'antique bois d'Hélerne, où les pontifes vont encore aujourd'hui offrir des sacri­fices. Là naquit une nymphe, les anciens lui donnèrent le nom de Grané, souvent et vainement recherchée par une foule d'amants. Elle parcourait les campagnes, chas­sait les bêtes fauves le javelot à la main, et tendait ses filets noueux dans les profondes vallées. Elle ne portait pas le carquois; cependant on la croyait sur de Phébus, et tu n'avais pas à en rougir, ô Phébus. Qu'un jeune homme lui dît d'amoureuses paroles, elle répon­dait aussitôt : « Trop de jour éclaire ces lieux, le jour alarme la pudeur : si tu veux guider mes pas dans une grotte plus secrète, va, je te suis. » L'amant crédule entre dans une grotte mais elle reste en arrière, ca­chée sous des buissons, et brave toutes les recherches. Janus la vit, et à sa vue, enflammé de désirs, il chercha par de douces paroles à fléchir la cruelle. La nymphe, suivant son habitude, lui ordonne de chercher un asile plus écarté; elle le suit comme prête à l'y accompagner, et bientôt se dérobe à son guide. Insensée ! Janus voit ce qui se passe derrière lui. En vain tu te caches, car il aperçoit ta retraite; en vain tu te caches, ai-je dit, car, sous la roche où tu te réfugies, il te saisit, t'embrasse, et, ses vux comblés, il te dit : « Pour prix du bonheur goûté dans tes bras, pour prix de ta virginité perdue, je soumets les gonds à ton pouvoir. » A ces mots, il lui donne une branche d'aubépine, dont la vertu pût éloigner des portes tous fâcheux accidents.

Il existe des oiseaux avides, non ceux qui enlevaient à la bouche de Phinée les mets de sa table, mais leur race, à la tête élevée, aux yeux fixes, au bec formé pour la rapine; leur plumage est blanc, leurs serres cro­chues. Ils volent la nuit; ils cherchent les enfants privés de nourrice, et déchirent leurs corps enlevés de leurs berceaux. On dit qu'ils fouillent avec le bec leurs en­trailles nourries de lait, et qu'ils se gorgent de sang. On les nomme striges, et ce nom leur vient du cri strident qu'ils font entendre dans l'horreur des nuits.

Soit donc que ces oiseaux se reproduisent, soit qu'ils naissent par enchantement, et que leur plumage cache le corps de quelques vieilles métamorphosées par un chant marse, ils vinrent s'abattre au berceau de Procas, qui, né depuis cinq jours, leur offrait une proie toute fraîche. De leurs langues avides ils épuisent la poitrine de l'enfant mais les vagissements du malheureux ap­pellent du secours: la nourrice, épouvantée, accourt à sa voix, et le trouve les joues sillonnées par des serres cruelles. Que faire? son visage avait la couleur de ces feuilles tardives que le retour de l'hiver a flétries. Elle court trouver Grané, et lui apprend la triste nouvelle. « Bannis tes craintes, dit la nymphe ; ton nourrisson sera sauvé. » Elle vient au berceau ; le père et la mère pleuraient: « Plus de larmes, dit-elle; je guérirai l'en­fant. » Aussitôt, avec ordre, elle touche trois fois les portes d'un rameau, trois fois le seuil ; puis elle y verse de l'eau, et cette eau renferme une vertu médicinale ; elle prend les entrailles crues d'une truie, de deux mois, et, les tenant à la main : « Oiseaux de la nuit, dit-elle, épargnez des entrailles enfantines; une petite victime est sacrifiée pour un petit enfant : prenez, je vous prie, cur pour cur, fibres pour fibres; nous vous offrons cette existence, pour une existence plus précieuse.»

Après avoir ainsi fait son offrande, elle expose en plein air les entrailles coupées en morceaux, et défend aux assistants de regarder; puis, elle pose le présent de Janus, la branche d'aubépine sur la petite fenêtre qui donne du jour au berceau. On dit que, depuis lors, les oiseaux respectèrent le lit de l'enfant, et que son teint reprit sa première fraîcheur.

On demande pourquoi, pendant ces calendes, l'on mange du lard gras, et une bouillie mélangée de farine et de fèves? Carna est une déesse antique; elle a con­servé l'habitude de ses anciens repas, et ne recherche pas le luxe des mets étrangers. Le poisson nageait en­core à l'abri des atteintes de l'homme, les huîtres étaient en sûreté dans leurs coquilles. Le Latium ne connaissait pas l'oiseau qui vient de la riche Ionie, ni celui qui savoure le sang du Pygmée. On n'aimait du paon que son plumage et la terre n'envoyait pas son tribut de bêtes prises à la chasse. Le porc était estimé, on tuait un porc les jours de fête; les fèves et le blé dur étaient les seuls produits du sol. Ces deux aliments mélangés, et mangés pendant les sixièmes calendes, garantissent, dit-on, de la colique.

On raconte aussi qu'un temple a été consacré à Junon Moneta sur le sommet du Capitole, en exécution de ton vu, ô Camille. Là s'élevait auparavant la maison de Manlius, qui repoussa les armes gauloises loin de Jupi­ter Capitolin. Que n'est-il, grands dieux! tombé dans ce combat en défendant ton trône, puissant Jupiter! Il a vécu, pour subir en coupable la peine due à son crime, à l 'ambition de régner. Voilà le titre que lui réservait une longue vieillesse. Le même jour est aussi consacré à Mars; la porte Capène regarde le temple de ce dieu, situé hors des murs, sur la voie Tecta.

Et toi aussi, Tempête, tu as mérité un temple, nous l 'avouons, quand notre flotte fut sur le point d'être en­gloutie dans les eaux de la Corse. Tels sont les monuments des hommes ; si vous inter­rogez les astres, alors se lève l'oiseau de proie, favori du grand Jupiter. Le jour suivant rappelle les Hyades, qui se groupent sur le front cornu du Taureau; des pluies abondantes humectent la terre.

Au second retour du matin, au second lever de Phébus, quand la rosée sera deux fois tombée sur la tige humide des blés, en ce jour, dit-on, fut consacré le tem­ple de Bellone, pendant la guerre de Toscane et tou­jours cette déesse protège le Latium. Le fondateur est Appius, ce vieillard aveugle, dont l'esprit clairvoyant apercevait toutes les conséquences du refus qu'il faisait de la paix à Pyrrhus.

Au devant du temple, une place peu étendue regarde l 'extrémité du cirque; là s'élève une petite colonne d'un grand renom : c'est de là que la main du fécial lance le javelot précurseur de la guerre, quand il plaît de pren­dre les armes contre les rois et les nations.

L'autre extrémité du cirque est sous la garde et la protection d'Hercule, qui doit cet emploi à l'oracle d'Eubée; c'est la veille des nones qu'il en fut investi : si vous cherchez l'inscription, Sylla reçut et approuva le monument.

Je me demandais à qui rapporter les nones, à Sancus, ou à Fidius, ou à toi, père Semon, lorsque Sancus me dit : « Quel que soit celui auquel tu les rapportes, à moi en reviendra l'honneur; je porte ces trois noms; ainsi l'ont voulu les habitants de Cures. » C'est donc à ce dieu que les anciens Sabins ont consacré un temple sur le mont Quirinal.

J'ai une fille, puisse sa vie dépasser les bornes de la mienne! Mon bonheur dépendra toujours de sa conser­vation. Résolue la confier à un gendre, je m'informais des temps propices à l 'hymen, et des temps dont il faut se garder. Juin me fut alors indiqué, mais après les ides sacrées, comme une époque favorable aux épouses, fa­vorable aux époux : la première partie de ce mois fut reconnue contraire à la couche nuptiale car la sainte épouse du flamine Diale me parla ainsi : « Tant que le Tibre paisible, n'a point de ses eaux jaunissantes porté à la mer les souillures rejetées du temple de la Troyenne Vesta, il ne m'est permis ni de passer le peigne dans mes cheveux taillés par le ciseau, ni de couper mes ongles avec le fer, ni d'approcher de mon époux, et pourtant il est prêtre de Jupiter, et il m'a été donné par une loi irrévocable. Ne te presse donc point; il vaut mieux marier ta fille lorsque la déesse du feu brillera d'un éclat nouveau dans son temple purifié. »

On dit qu'à son troisième lever après les nones, Phébé chasse le petit-fils de Lycaon, et déjà l 'Ourse n'a plus derrière elle la crainte qui la poursuit. Alors, il m'en souvient, j'ai vu des jeux sur le gazon du Champ-de-Mars, et j'ai appris que ces jeux étaient les tiens, Tibre paisible: c'est un jour de fête pour ceux qui traînent les filets humides, et cachent, sous l'appât d'un peu de nour­riture , le fer recourbé de l'hameçon.

L'intelligence aussi a son culte ; nous voyons un temple consacré à l'Intelligence, par crainte de la guerre que tu avais recommencée, perfide Carthaginois. Tous les Romains, frappés de stupeur par la mort du consul, redoutaient les armes des Maures. La terreur avait banni l'espérance quand le sénat fit un vu à l'Intelli­gence, et aussitôt elle vint lui donner de meilleures inspirations. Le jour de l'accomplissement de ce vu fait à la déesse est séparé des ides suivantes par un in­tervalle de six jours.

Vesta, sois-moi propice; c'est toi que je vais chanter maintenant, s'il m'est permis d'assister à tes fêtes. J'étais tout à mon invocation, quand je sentis ta présence cé­leste, et la Terre réjouie brilla d'une lumière purpurine. Je ne te vis pas sans doute, ô déesse; loin de moi les fictions poétiques ! Tu ne devais point le montrer aux regards d'un homme : mais mon ignorance et mes er­reurs s'évanouirent sans que personne m'instruisît.

On raconte que Rome avait quarante fois célébré les Palilies, lorsque la gardienne du feu fut reçue dans son temple; ce fut l'uvre du roi pacifique, le plus reli­gieux des enfants du pays sabin. Ce toit que vous voyez d'airain aujourd'hui, alors vous l'eussiez vu de chaume; les murs étaient tissus d'osier flexible. Cet espace étroit sur lequel reposé le parvis de Vesta, était alors le grand palais du chevelu Numa. On dit cependant que l'an­tique forme du temple a été conservée; et la cause de cette forme, la voici: Vesta n'est autre que la terre; l'une et l'autre a son feu perpétuel, et la position du foyer sacré est modelée sur celle de la terre. Comme une balle sans appui, la terre, masse énorme, se tient suspendue au milieu de l'air qui l'environne. Son globe est maintenu en équilibre par son propre mouvement, et n'a point d'angle qui entraîne la balance. Ainsi, la terre est placée au milieu de l'univers, à distance égale de toutes ses parties; si elle n'était point ronde, elle se­rait plus voisine d'un point que d'un autre, et ne serait plus le centre du monde. Dans la citadelle de Syracuse est un globe suspendu dans un air renfermé, petite, mais fidèle image de l'immense univers ; même distance sépare la terre des points supérieurs et inférieurs : c'est un effet de sa rotondité. Le temple offre un aspect sem­blable; on n'y voit point de saillie anguleuse : un dôme le protège contre la pluie. Vous demandez pourquoi la déesse a des vierges pour ministres de son culte? J'en trouverai aussi les causes. Junon et Cérès sont, dit-on, les deux filles qu'Ops ait données d'abord à Saturne; Vesta naquit la troisième. Les deux premières devinrent épouses et mères ; une des trois seulement se révolta toujours contre l'hymen. Est-il étonnant qu'une vierge, préférant des vierges pour mi­nistres, confie à de chastes mains les cérémonies de son culte? D'ailleurs, il ne faut voir dans Vesta que la flamme personnifiée, et jamais corps ne naquit de la flamme. C'est donc à bon droit qu'elle est vierge, et qu'elle a des compagnes de virginité, celle qui ne reçoit et ne rend aucun germe fécond. Longtemps, dans mon ignorance, j'ai cru qu'il exis­tait des statues de Vesta : j'ai appris naguère que le dôme de son temple n'en recouvre aucune; là demeure caché un feu toujours entretenu; ni Vesta, ni le feu n'ont d'image.

La terre se soutient par sa propre force : c'est de là ( vi stando) qu'est venu le nom de Vesta; son nom grec peut offrir la même étymologie. Quant au foyer, il est ainsi nommé de flammes, et de ce qu'il échauffe tout (fovet) autrefois il avait sa place dans les premières pièces de la maison. De là aussi est venu, je crois, le mot «  vestibule »; de là nous disons à Vesta, dans nos prières : O toi qui tiens les premiers lieux. Autrefois, c'était l'usage de se réunir assis, devant le foyer, sur de longs bancs, et l'on croyait que les dieux assistaient au repas. Aujourd'hui encore, pendant les fêtes de l'antique Vacuna, on se tient, soit debout, soit assis, devant le foyer sacré. Quelque chose de l'ancien usage s'est per­pétué jusqu'à nos jours; un vase pur porte à Vesta les mets dont on lui fait offrande.

Mais voilà que le pain pend en couronne au cou des ânesses ; des guirlandes de fleurs couvrent les meules raboteuses. Autrefois les cultivateurs ne faisaient cuire au four que le blé dur et la déesse Fornacale a ses fêtes. Le foyer même préparait le pain sous la cendre; des morceaux de tuiles en composaient l'âtre brûlant. C'est pour cela que le foyer et la déesse du foyer sont fêtés par le boulanger, avec l'ânesse qui tourne les meules de pierre-ponce.

Faut-il taire, ou raconter ta honte, rubicond Priape? l'aventure est fort gaie : Cybèle, dont le front porte une couronne de tours, convie les dieux éternels à ses fêtes; elle convie et les satyres et les nymphes, divinités cham­pêtres; Silène y vient, quoique non invité. Il ne m'ap­partient pas, et d'ailleurs il serait long de décrire les festins des dieux ; la nuit se passa en abondantes liba­tions. Les uns errent à l'aventure dans les sombres val­lons de l'Ida, les autres se reposent étendus sur le doux gazon; ceux-ci jouent, ceux-là se livrent au sommeil; quelques-uns entrelacent leurs bras, et foulent la ver­dure au léger trépignement de leur danse, Vesta, s'est couchée, et, sans inquiétude, goûte les douceurs du sommeil ; sa tête repose sur un banc de gazon. Mais le rubicond protecteur des jardins convoite les nymphes et les déesses, et porte çà et là ses pas errants. Il aperçoit Vesta; la prit-il pour une Nymphe, ou reconnut-il Vesta? c'est un doute. S'il faut l'en croire, il ne la re­connut pas. Il conçoit un espoir lubrique; il essaie d'ap­procher furtivement, il marche sur la pointe du pied, le cur lui bat. Mais, par hasard, le vieux Silène avait laissé l'âne qui lui servait de monture aux bords d'un ruisseau au doux murmure. Déjà le dieu du long Hellespont s'apprêtait à satisfaire ses désirs, lorsque la voix de l'animal retentit à contre-temps. La déesse se lève, réveillée en sursaut par ces sons bruyants ; la foule ac­court et Priape se dérobe aux mains qui le menacent. Lampsaque a coutume d'immoler un âne à Priape; nous livrons aux flammes les entrailles de l'animal dénoncia­teur mais toi, déesse reconnaissante, tu le pares de colliers de pain ; le travail cesse, et les meules oisives se taisent.

Je dirai ce que signifie, sur le mont du dieu tonnant, l'autel de Jupiter Pistor, plus recommandable par son nom que par sa richesse. Le Capitole était serré de près par les féroces Gaulois qui l'entouraient; la longueur du siège avait amené la famine: Jupiter appelle les dieux autour de son trône royal : « Commence,» dit-il à Mars; aussitôt celui-ci répond : « Tu ignores, sans doute, quel est le sort des miens, et ma douleur doit se mani­fester par des plaintes. Si pourtant tu veux que j'exprime en peu de mots des malheurs mêlés d'opprobre : Rome est foulée aux pieds d'un ennemi descendu des Alpes et c'est cette Rome à laquelle fut promis l'empire du monde, ô Jupiter, celle que tu devais élever au dessus des nations! Déjà elle avait vaincu les peuples les plus voisins, et les armes étrusques; l'espoir allait croissant : maintenant, elle est chassée de ses foyers. Nous avons vu tomber sous leurs vestibules brillants d'airain les vieillards parés de leurs robes de pourpre comme aux jours de triomphe. Nous avons vu les attributs de la Troyen Vesta forcés de déserter son temple. Les Romains, ils croient sans doute à l'existence des dieux mais s'ils con­sidéraient et le mont où sont vos autels, et le siège qui entoure et menace vos sanctuaires si nombreux, ils sau­raient que le culte des dieux ne leur est plus d'aucun secours, et que leurs mains inquiètes brûlent un encens inutile. Si du moins un champ de bataille s'ouvrait de­vant eux! s'ils pouvaient tenter le sort des armes, et trouver la mort, à défaut de la victoire ! Mais non; privés de vivres, réduits à craindre le sort des lâches, ils sont renfermés sur leur mont, pressés par une troupe barbare. »

Vénus, à son tour, et Vesta, et Quirinus, que dé­corent le « lituus » et la trabée, parlèrent avec instance en faveur de leur Latium. « Ces remparts nous intéressent tous, répondit Jupiter; la Gaule vaincue expiera ses triomphes. Quant à toi, Vesta, fais seulement que la disette se dissimule sous une abondance apparente, et ne déserte point ton sanctuaire; que le mortier broie tout ce qui reste de grains, et qu'a la flamme du foyer la farine pétrie devienne un pain solide. » Il dit et la fille de Saturne obéit aux ordres de son frère. Il était minuit; déjà les chefs, fatigués, goûtaient les douceurs du sommeil ; Jupiter les gourmande, et de sa bouche sacrée leur dicte ses volontés : «Levez-vous, et du haut des remparts lancez au milieu des ennemis le secours que vous voudriez le moins perdre.» Le sommeil fuit, et les chefs, agités par ces obscurités nouvelles, cherchent quel est ce secours qu'ils voudraient conserver et qu'ils ont ordre de perdre. Mais voilà qu'ils songent à Cérès et ils jettent les dons de Cérès, qui tombent avec bruit sur les casques et les longs boucliers. L'ennemi perdit tout espoir de vaincre par famine et après sa re­traite un autel éclatant de blancheur fut élevé à Jupiter Pistor.

Je revenais un jour des fêtes de Vesta, par l'endroit où la voie Nouvelle se joint maintenant au Forum romain. Là, je vis une matrone descendre pieds nus ; surpris à cette vue, je m'arrêtai en silence. Une vieille du voi­sinage comprit le sujet de mon étonnement; elle me fit asseoir, et, le chef branlant, la voix tremblante, elle me parla en ces termes : «Ici, au lieu du Forum que tu vois, étaient d'humides, marais où le fleuve versait le trop plein de ses eaux. C'était le lac Curtius ; maintenant des autels y reposent à sec sur un terrain solide, mais pourtant c'était jadis un lac. Le « Velabrum », ce chemin qui mène au Cirque le cortège des jeux, n'était qu'un champ de saules et d'inutiles roseaux. Souvent le con­vive revenait en chantant à la ville à travers les marais voisins, et jetait aux mariniers des propos inspirés par l'ivresse. Le dieu qui porte un nom si convenable à la diversité de ses formes, ne l'avait pas encore reçu du fleuve détourné dans son cours. Là aussi étaient un bois rempli de joncs et de roseaux, et un marécage imprati­cable au pied chaussé. Les eaux stagnantes se sont reti­rées, le fleuve est contenu par ses rives, le sol est main­tenant affermi, et pourtant l'usage est resté. » Elle m'avait appris la cause de ce qui m'avait étonné. Adieu, lui dis-je; bonne vieille, puisse s'écouler doucement le reste de ta vie!

J'ai, dès mon enfance, appris ce qui va suivre mais ce n'est pas une raison pour le passer sous silence. Le petit-fils de Dardanus, Ilus, venait d'élever de nouveaux murs; Ilus, riche encore des trésors de l'Asie. On croit qu'une image de Pallas descendit des cieux sur les collines d'Ilion. J'eus la curiosité de visiter ces lieux : je les ai vus, j'ai vu le temple, seul et dernier vestige du passé car Rome possède Pallas. Le dieu de Sminthe fut consulté, et, caché au fond du bois épais, son obscure retraite, il rendit cet oracle d'une voix véridique : «Conservez la déesse que les airs vous ont apportée, et vous conserverez la ville; l'empire changera de siège avec elle. » Ilus veille donc à sa garde, et la tient en­fermée au haut de la citadelle : Laomédon, son succes­seur, hérita de ce soin mais la vigilance se trouva en défaut sous Priam. Ainsi tu le voulais toi-même, ô Déesse, depuis le jugement qui te refusa le prix de la beauté. Elle fut enlevée, dit-on, soit par le petit-fils d'Adraste, soit par Ulysse, habile artisan de surprises, soit enfin par le pieux Énée mais quelle que soit l'incer­titude sur son véritable ravisseur, toujours est-elle devenue propriété romaine ; Testa veille à sa garde, parce qu'elle voit tout à la clarté de son feu éternel. Quelles ne furent point, hélas ! les craintes du sénat, lorsque Vesta vit son temple s'embraser, et fut presque ensevelie sous la ruine de son sanctuaire ! Les feux sacrés se ravivaient aux feux impies ; une flamme profane se mêlait à la flamme sainte. Les prêtresses pleuraient épouvantées, les cheveux épars ; la terreur leur avait ravi les forces. Metellus s'élance au milieu d'elles, et, d'une voix puis­sante, il leur crie : « Du secours! les pleurs n'en donnent point; de vos mains virginales enlevez les gages de nos destinées : ce ne sont pas des vux, ce sont vos mains qui peuvent les sauver. Malheureux que je suis ! vous hésitez ? » dit-il et il les voyait hésiter, et, tremblantes, tomber à genoux. Il puise de l'eau, et, levant les mains au ciel : «Pardonnez, dit-il, objets sacrés; homme, je vais entrer dans un sanctuaire impénétrable à l'homme ; si c'est un crime, que la peine en retombe sur moi, que Rome soit sauvée au péril de ma tête ! » Il dit, et s'élance. La déesse, ravie aux flammes, approuva son audace, et dut ainsi sa sûreté à son pontife. Maintenant, flammes sacrées, vous brillez sans trouble sous César ; maintenant le feu brûle et brûlera à jamais dans les foyers troyens. Sous ce pontife, aucune prêtresse ne sera accusée d'avoir souillé ses bandelettes, et ne sera enterrée vivante. Ainsi périt celle qui a manqué au vu de chasteté ; la déesse offensée devient elle-même son tombeau car Tellus et Vesta ne sont qu'une divinité.

A pareil jour, Brutus conquit le surnom de Callaïque, et teignit la terre d'Espagne du sang de l'ennemi vaincu. Cependant quelquefois les désastres se mêlent aux triomphes pour que le peuple n'ait pas le cur tout entier à la joie des fêtes. Sur les bords de l'Euphrate, Crassus perdit ses aigles, et son fils, et tous les siens et lui-même tomba le dernier parmi les morts. «Pourquoi t'enor­gueillir, Parthe? dit la déesse; tu rendras les enseignes, et la mort de Crassus trouvera un vengeur. »

Mais quand l'animal à longues oreilles perd sa parure de violettes, et que les rudes meules recommencent à broyer les fruits de Cérés, le nocher dit, assis sur la poupe : « Nous verrons le dauphin lorsque la nuit hu­mide aura chassé le jour. »

Fils de la Phrygie, Tithon, déjà tu te plains de l'aban­don de ton épouse, et l'astre vigilant du matin sort des mers de l'Orient; allez, bonnes mères, c'est votre fête, les « Matralies »; allez offrir vos gâteaux dorés à la déesse thébaine. Aux Ponts et au grand Cirque tient cette place si célèbre sur laquelle s'élève le buf de bronze dont elle a pris son nom. C'est là, en ce jour, que Servius, dit-on, de ses royales mains a consacré un temple à la mère Matuta. Quelle est cette déesse ? pourquoi défend-elle l'entrée de son temple aux servantes? car cette dé­fense existe. Pourquoi veut-elle des gâteaux dorés par le feu ? Conduis ma barque, Bacchus, dont les cheveux sont couronnés de pampre et de lierre, si c'est de ta fa­mille qu'il s'agit. Sémélé avait péri dans les flammes qu'alluma la complaisance de Jupiter. Ino te reçoit enfant, et te nourrit avec un zèle extrême. Junon s'irrite de ces soins donnés au fils de sa rivale morte mais Ino voyait en lui le sang de sa sur. Les effets suivirent la colère; Athamas est obsédé par les Furies et par un vain fantôme, et tu tombes, jeune Léarque, sous la main paternelle. La mère, désolée, avait donné la sépulture aux mânes de Léarque, et rendu les honneurs qu'elle devait à son bû­cher funèbre; alors elle s'élance, les cheveux encore abandonnés au désordre des funérailles, et elle t'enlève de ton berceau, ô Mélicerte! Il est une étroite langue de terre battue par les flots de deux mers qu'elle re­pousse. C'est là qu'elle accourt, hors d'elle-même, tenant son fils dans ses bras, et du haut du rivage elle se pré­cipite avec lui dans les flots. Leur chute est douce et sans blessure car Panope et ses cent surs les reçoivent et les portent à travers leur empire. Celle qui n'était pas encore Leucothoé, l'enfant qui n'était pas encore Palémon, arrivent à l'embouchure du Tibre où se rencontrent tant de gouffres. Là s'élevait le bois de Sémélé ou de Stimulé; le nom est incertain : il était habité, dit-on, par les Ménades d'Ausonie. Ino leur demande quelle nation occupe la contrée, elle apprend que ce sont des Arcadiens, et qu'Évandre est leur roi. Cepen­dant la fille de Saturne, dissimulant sa divinité, excite les Bacchantes du Latium par d'insidieux mensonges : «O curs trop faciles, esprits pleins de crédulité! cette étrangère ne vient pas se mêler en amie à nos churs ; c'est une surprise qu'elle médite; elle veut connaître nos rits sacrés. Mais elle porte un gage dans lequel vous pouvez la punir.» A peine elle s'est tue, les Thyades, les épaules couvertes de leurs cheveux épars, remplis­sent les airs de hurlements, portent les mains sur l'étran­gère, et s'efforcent de lui arracher l'enfant. Alors elle invoque des dieux qu'elle ne connaît pas encore : « Dieux et hommes de ce pays, dit-elle, secourez une mère infortunée!» Ses cris vont frapper l'Aventin, dont les roches sont voisines. Le héros de l'OEta avait conduit sur ­ce rivage ses troupeaux d'Ibérie; il l'entend, et s'em­presse d'accourir à sa voix. A l'approche d'Hercule, ces femmes, qui préludaient à un acte de violence, tournent le dos et prennent honteusement la fuite. «Que cherches-tu ici, tante de Bacchus ?» dit-il, car il l'avait reconnue ; «es-tu persécutée aussi par la divinité qui me poursuit?» Ino lui raconte une partie de ses malheurs mais elle tait l'autre partie, retenue par la présence de son fils et par la honte d'avoir cédé à la criminelle impulsion des Furies.

La renommée de ses ailes rapides vole, et ton nom, Ino, passe de bouche en bouche. On dit que tu reçus l'hospitalité au fidèle foyer de Carmente, et que là tu apaisas ta longue faim. On dit que la prêtresse de Tégée te présenta des gâteaux dont sa main avait hâté la su­bite cuisson ; aujourd'hui encore, pendant les « Matralies », des gâteaux sont une offrande qui plaît à la déesse; un zèle rustique lui fut plus agréable que les raffinements de l'art. Cependant elle dit : « O prêtresse, révèle-moi, autant qu'il est permis, mes destinées à venir, et mets ainsi, je te prie, le comble à ton hospitalité.» Il se fait un instant de silence; la prêtresse appelle en soi le ciel et les puissances divines, et bientôt son cur est rempli du dieu qui l 'inspire. A peine est-elle re connais­ sable, tant elle est plus sainte et plus grande. «Mes prophéties seront heureuses, dit-elle; réjouis-toi, Ino, tes épreuves sont terminées ; que ce peuple te trouve tou­jours propice; tu seras une divinité de la mer, et la mer aussi possédera ton fils. Changez de nom au sein de vos humides demeures : tu seras Leucothoé pour les Grecs, et pour nous Matuta. Ton fils aura sur les ports un em­pire absolu. Il recevra de nous le nom de Portunus, et celui de Palémon dans sa langue maternelle. Allez, et soyez tous deux, je vous prie, favorables à nos contrées. » Ils promettent et engagent leur foi; leurs épreuves cessèrent; ils changèrent leurs noms : l'un est un dieu, l'autre une déesse.

Mais vous demandez pourquoi elle refuse tout accès aux servantes ? elle les hait; et, si elle le permette vais dire le principe de sa haine. Une de tes femmes, fille de Cadmus, se livrait souvent aux embrassements de ton époux; l'in­fidèle Athamas l'aimait en secret. Il apprend d'elle que les laboureurs reçoivent des semailles desséchées par le feu. Tu nias le fait, il est vrai mais la voix publique t'accusa : voilà pourquoi tu as pris en haine les esclaves.

Cependant, que la tendre mère n'invoque pas cette déesse pour ses enfants; elle-même fut une mère mal­heureuse. Il vaut mieux lui recommander les enfants nés d'une autre car elle a été plus utile à Bacchus qu'aux siens mêmes.

On raconte qu'elle te dit, ô Rutilius : « Où cours-tu, consul ? Tu tomberas, au jour de ma fête, sous les coups du Marse ennemi. «L'événement justifia ces paroles, et le fleuve de Tolène roula ses flots rougis de sang. L'an­née suivante, au retour de la même aurore, Didius, taillé en pièces, réitéra le triomphe des ennemis.

Même jour, même fondateur, même lieu, tout cela, Fortune, est à toi mais qui est caché dans ton temple sous ces toges superposées? C'est Servius, le fait est constant mais pourquoi est-il caché? Ici commence l'incertitude, et le doute m'a saisi moi-même. Serait-ce que la déesse fait un timide aveu de ses furtives amours, et rougit d'avoir, habitante des cieux, partagé la couche d'un homme? car elle brûla d'une vive ardeur pour ce roi, le seul homme qui ne l'ait point trouvée aveugle. Elle avait coutume d'entrer la nuit dans son palais par une petite fenêtre ; d'où est venu le nom de la porte : Fenestella. Maintenant, elle rougit, elle cache d'un voile les traits qu'elle a chéris et plus d'une toge re­couvre cette tête royale.

Ou serait-il plus vrai, qu'après la mort de Tullius, le peuple fut consterné de la perte de ce prince pacifique? La douleur n'avait point de bornes : elle croissait à la vue de son image; tellement qu'il fallut la cacher sous des toges.

Une troisième cause m'ouvre une plus vaste carrière ; cependant, je ne lâcherai pas trop la bride à mes cour­siers. Tullie, dont le nouvel hymen avait été le prix du crime, stimulait sans cesse l'ambition de son époux par ces paroles : « Que nous sert d'avoir assorti notre union, toi par le meurtre de ma sur, moi par celui de ton frère, si une sainte vie devait nous plaire? Il fallait respecter les jours de mon époux et ceux de ton épouse, si nous ne devions pas oser davantage. La dot que je t'apporte, c'est la tête et le royaume de mon père : va, si tu es un homme, et saisis cette riche dot. Le crime est une uvre de roi; deviens roi par le meurtre de ton beau-père, et que le sang paternel teigne nos mains. »

Cédant à ces criminelles inspirations, il a osé, citoyen privé, s'asseoir sur le trône. Le peuple, étonné, court aux armes. De là du sang, des meurtres, et la vieillesse succombe; le gendre superbe tient le sceptre enlevé à son beau-père et ce vieillard, frappé aux Esquilles, où était son palais, baigne la terre de son sang. Sa fille allait, conduite sur son char, au foyer paternel, parcou­ rant les rues d'un air fier et hautain. A la vue du ca­ davre, le cocher s'arrête et fond en larmes mais elle l'apostrophe en ces termes : « Marcheras-tu ? ou attends- tu le fruit amer que les pieux sentiments auront pour récompense? Va, dis-je, et que la face même n'arrête point ta roue rebelle. » Il existe un témoignage certain de ce fait; c'est de là qu'est venu le nom du quartier Scélé­rat : ainsi le crime fut flétri d'une note d'infamie. Ce­pendant, Tullie osa encore entrer dans le temple élevé par son père. Je vais raconter un prodige, et pourtant je serai vrai. Une statue représentait Tullius assis sur son trône : on dit qu'elle porta la main devant ses yeux et une voix se fît entendre : « Cachez-moi le visage, dé­robez-moi la vue de ma fille criminelle! » On donne des vêtements, on l'en couvre; la Fortune défend de les ôter jamais, et, du fond de son temple, prononce ces pa­roles : «Du jour où Servius aura montré son front à découvert, la pudeur aura disparu. Matrones, gardez-vous de toucher ces vêtements défendus; il suffit de prier d'une voix solennelle : que toujours la toge romaine couvre la tête de celui qui fut le septième roi de notre ville!» Le feu consuma ce temple, mais il épargna la statue; Vulcain lui-même vint au secours de son fils car Vulcain est le père de Tullius, et sa mère est la belle Ocresia de Corniculum. Tanaquil, ayant avec elle fait les prépa­ratifs ordinaires d'un sacrifice, lui ordonna de répandre du vin sur le foyer décoré pour la cérémonie. Voilà que parmi les cendres se montre le signe obscène de la virilité, en réalité, du bien en apparence mais c'était plutôt en réalité. Sur l'ordre de sa maîtresse, la captive le reçoit en son sein; et Servius, ainsi conçu, tint du ciel le germe de son origine. Son père en donna des preuves manifestes, lorsque sa tête se couronna d'un feu brillant, et qu'une étoile de flammes rayonna sur sa chevelure.

Livie te dédia aussi un temple magnifique, ô Con­corde ; c'était un hommage rendu à son époux chéri. Cependant, apprenez, races futures, qu'un immense palais s'élevait aux lieux occupés aujourd'hui par le portique de Livie. Un seul palais avait coûté ouvrage d'une ville, et il occupait plus d'espace que l'enceinte de beaucoup de cités. Il fut rasé, non pour crime d'ambi­tion royale, mais pour son luxe qui parut dangereux. César ne recula point devant la destruction de tant d'énormes travaux, ni devant la perte de tant de ri­chesses dont il était héritier. Ainsi doit s'exercer la cen­sure, ainsi se donnent les exemples, quand le magistrat se soumet lui-même aux préceptes qu'il donne aux autres. Le jour suivant ne peut donner matière à aucune re­marque : les ides ont vu consacrer un temple à Jupiter Invaincu.

Maintenant, il me faut parler des petites « Quinquatries ». Seconde mes efforts, ô blonde Minerve! Pourquoi le joueur de flûte erre-t-il, à l'aventure dans la ville? Que signifient ces masques, celte longue robe? J'avais dit; la déesse tritonienne déposa sa lance, et me fit cette réponse; puissé-je fidèlement rapporter les paroles de la docte déesse : « Au temps de nos antiques aïeux, le joueur de flûte était d'un grand emploi, et fut toujours en grand hon­neur. La flûte faisait entendre ses sons dans les temples, dans les jeux, dans les lugubres funérailles. L'artiste était content du prix de son labeur mais un temps vint où tout à coup cet art grec tomba en décadence. Il faut ajouter qu'un édile avait fixé à dix joueurs seule­ment le nombre de ceux qui pourraient assister aux pompes funèbres. Ils s'exilent de la ville, et se retirent à Tibur ; Tibur alors était un lieu d'exil. La flûte manque à la scène, elle manque aux autels ; elle n'accompagne plus de ses chants le lit suprême où sont couchés les morts. A Tibur, avait été dans l'esclavage un homme digne d'un meilleur sort mais depuis longtemps il était libre. Il prépare un festin à sa campagne, et invite la troupe musicale, qui se rend à sa fête. Il était nuit; les yeux et les esprits nageaient dans le vin, quand arrive un messager auquel on avait fait sa leçon : « Qu'attends-tu, dit-il à l'affranchi, pour congédier tes convives ? Ton patron va venir ; le voici qui arrive. » Aussitôt les con­vives, soulèvent, en chancelant, leurs membres engour­dis par un vin capiteux; leurs jambes incertaines se rai­dissent ou se dérobent sous eux. « Retirez-vous, » leur dit leur hôte et, comme ils demeuraient, il les dépose sur un chariot à claire-voie. Le temps, le mouvement et le vin provoquent le sommeil, et la troupe avinée croit qu'on la ramène à Tibur. Mais déjà elle était entrée dans Rome par les Esquilies, et le chariot se trouva le matin au milieu du Forum. Pour qu'ils puissent tromper le sénat par la figure et par le nombre, Plautius leur or­donne de se masquer ; il mêle parmi eux d'autres per­sonnes, et leur fait porter de longues robes, afin que la troupe s'augmente des joueuses de flûte. C'est ainsi qu'il crut pouvoir dissimuler leur retour, et leur éviter le reproche d'être revenus contre les ordres de son collègue. Cet expédient fut approuvé, et le jour des ides il leur est permis de reprendre leur déguisement, et d'entonner de joyeuses chansons sur les modes anciens. »

Elle avait satisfait à ma demande mais je repris : Il me reste à savoir pourquoi ce jour s'appelle les Quinquatries? « Mars, dit-elle, célèbre mes fêtes sous le même nom. Apprends encore que la troupe musicale me doit l'invention de son art ; la première j'ai percé le buis de quelques trous, et tiré des sons de la longue flûte : cette musique me plut mais, dans le miroir d'une onde limpide, je vis s'enfler mes joués virginales. Fi de l'art, à ce prix ! adieu, ma flûte, m'écriai.je; et je la jetai sur la rive, dont le gazon la reçut. Un satyre la trouve, et la regarde d'abord avec étonnement mais il en ignore l'usage : il découvre que le souffle en tire des sons; alors, tantôt il comprime l'air avec les doigts, tantôt il le laissé échapper, et déjà il s'enorgueillit de son talent auprès des nymphes. Il ose même provoquer Phébus : Phébus, vainqueur, le pendit, et arracha la peau de ses membres écorchés. Mais toujours est-ce à moi qu'est due la découverte et l'invention de cette mé­lodie et voilà pourquoi cet art participe à la célébration de mes fêtes. »

Vienne le troisième jour, et l'on te verra, Dodonienne Thyéné, paraître sur le front du taureau qui porta la fille d'Agenor. C'est en ce jour, Ô Tibre, que tes ondes étrusques portent à la mer, les souillures du temple de Vesta. Si l'on peut se fier aux vents, nochers, livrez vos voiles au Zéphyr; demain ce vent propice soufflera sur les flots.

Mais quand le père des Héliades aura plongé ses rayons dans les ondes, et que les deux pôles se couron­neront d'étoiles brillantes, le fils d'Hyriée lèvera de terre ses bras vigoureux. La nuit suivante, on apercevra le Dauphin. Cette constellation a vu jadis la déroute des Volsques et des Èques dans les plaines, ô terre d'Algide ! Ce fut cette victoire remportée presque sous les murs de Rome, qui te valut les honneurs du triomphe, Postumus Tubertus, alors que tu parus, traîné, par des chevaux blancs comme la neige.

Déjà il ne reste plus au mois que deux fois six jours ; retranchez encore un jour, le soleil quitte les Gémeaux, et rougit de ses feux le signe du Cancer. C'est à cette époque que commença le culte de Pallas sur le mont Aventin. Voici le lever de ta bru, Laomédon ; elle chasse la nuit, et l'humide rosée disparaît des campagnes. C'est en ce jour, dit-on, qu'un temple fut consacré à Summanus, quel que soit ce dieu, au temps où Pyrrhus était encore l'effroi des Romains.

Mais quand elle aura été reçue par Galathée au sein des ondes paternelles, et que la terre se sera livrée tout entière aux douceurs du repos, alors se lève le jeune homme que la foudre de son aïeul a frappé, étendant ses mains enlacées par deux serpents. On sait l'amour de Phèdre; on sait l'injure de Thésée, dont la crédulité dévoua son fils à la mort. Victime de sa piété filiale, ce jeune homme se rendait à Trézène : un taureau paraît sur les eaux, que sa poitrine fend et repousse. Les che­vaux, inquiets, s'épouvantent, et, indociles au frein, emportent leur maître à travers les pierres et les ro­chers. Tombé de son char, embarrassé dans les rênes, Hippolyte avait eu le corps déchiré sur le sol où il était traîné, et avait rendu l'âme, au grand regret de Diane indignée. « Tu t'affliges à tort, lui dit le fils de Coronis ; car je rendrai à ce pieux jeune homme la vie et la santé, et mon art vaincra sa triste destinée.» Aussitôt il tire des plantes de ses cassettes d'ivoire : c'étaient celles qui avaient déjà rappelé Glauçus à la vie, alors qu'un au­gure recourut à l'observation des herbes, et s'instruisit d'exemple à la vue d'un serpent médecin d'un autre serpent. Trois fois il touche la poitrine du jeune homme, trois fois il prononce des paroles salutaires, et déjà celui-ci a relevé sa tête qui reposait à terre. Il trouve un asile secret dans les sombres détours de ta forêt, déesse de Dictyne; c'est Virbius au lac d'Aricie. Mais Pluton et Clotho se plaignent, elle, de ce que les fils coupés se re­nouent, lui, de l'atteinte portée aux droits de son empire. Jupiter, craignant le danger de l'exemple, lança la foudre contre celui dont l'art avait offert de trop puissantes res­sources. Tu gémissais, Phébus. Mais il est dieu; n'ac­cuse plus ton père; lui-même fait pour toi ce qu'il défend qu'on fasse. Quel que soit ton impatience de vaincre, je ne te conseillerai pas, César, de marcher au combat, si les augures le défendent. Crois-en Flaminius et les bords du Trasimène ; ils témoignent assez que les avis des justes dieux nous sont souvent transmis par les oiseaux. Si tu cherches l'époque téméraire de cet ancien dés­astre, c'est le huitième jour avant la fin du mois. Le jour suivant est plus heureux : Masinissa vainquit Syphax, et Asdrubal tomba percé de ses propres armes.

Les temps s'écoulent; nous vieillissons au cours silen­cieux des années, et les jours fuient, sans frein qui les arrête. Combien vite est venue la fête de la Fortune Forte! Dans sept jours Juin sera passé. Allez, Romains, célébrez gaîment la déesse ; c'est un roi qui lui donna son temple aux bords du Tibre. Les uns à pied, les autres sur des barques légères, allez, et ne rougissez point de rentrer au logis dans l'ivresse. Que les jeunes convives dressent la table du festin sur les nacelles cou­ronnées, et qu'ainsi portés sur les eaux ils s'abreuvent de flots de vin. Le peuple honore cette déesse, parce que le fondateur de son temple était, dit-on, un plé­béien, et, du rang le plus humble, s'éleva sur le trône. Elle convient aussi aux esclaves ; parce que c'est Tullius, le fils d'une esclave qui consacra ce temple voisin à l'in­constante déesse.

Voilà que revenant de sa maison située aux environs de la ville, un convive peu sobre jette ces paroles aux étoiles : « Ta ceinture se cache maintenant, Orion, et peut-être se cachera-t-elle demain mais ensuite je la verrai. » S'il n'eût pas été ivre, il eût ajouté que ce jour aussi ramenait le temps du solstice.

Le jour suivant, les Lares ont reçu un temple aux lieux où plus d'une couronne est tressée par des mains habiles. Cette époque est aussi celle où fut fondé le temple que Romulus éleva à Jupiter Stator en face du mont Palatin.

Qu'il reste au mois autant de jours que de noms aux Parques, c'est la date de la fondation de ton temple, ô Quirinus ! toi que pare la trabée.

Demain est le jour des calendes Juliennes ; ô Pié­rides, mettez la dernière main à mon uvre; dites qui vous associa au héros dont la belle-mère vaincue ne céda enfin qu'à regret; j'avais dit: Clio me répondit : « Tu vois un monument élevé par l'illustre Philippe , «dont la chaste Marcia tire son origine ; Marcia ainsi nommée du religieux Ancus ; Marcia, dont, la beauté égale la noblesse, dont l'esprit égale la beauté ; noblesse, esprit, beauté, elle réunit tout. Et que des éloges donnés aux charmes corporels, ne te paraissent point malséants car ces éloges, nous les donnons même aux grandes déesses. Philippe prit autrefois pour épouse la tante de César. O gloire ! ô femme digne de cette famille sacrée!» Ainsi chanta Clio; ses doctes surs applaudirent, Alcide se joignit à elles, et fit résonner les cordes de sa lyre.

Fin de l'ouvrage

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