Hannibal : 247 avant J.C., 183 avant J.C. (qui a la faveur de Baal )

Il est né à Carthage dans une des plus illustres familles de la ville : les Barca (la foudre) ou Barcides. Il fut élevé par un précepteur grec qui l'initia au culte des dieux de Tyr (Liban), ville d'origine des Carthaginois. Son père, Hamilcar , fut un de ceux qui négocia la fin de la 1ère guerre punique ; il fit jurer à son fils d'éprouver une haine éternelle pour Rome. En 237 avant J.C., il partit pour les comptoirs espagnols de Carthage à partir desquels il comptait se forger un empire. Il sera accompagner par Hasdrubal , son gendre, et par ses trois fils, Hannibal avait 9 ans. Une fois rendu en Espagne, son père va s'installer Gadès (Cadix), capitale de la partie carthaginoise du pays, de là, il va partir à la conquête de l'intérieur du pays. Il va être tué sur un champ de bataille et c'est son gendre, Hasdrubal , qui va prendre sa place.

« D'abord favori d'Amilcar, qui voyait briller en lui la fleur de la jeunesse; devenu ensuite son gendre à cause de ses qualités éminentes, et, par là, chef de la faction Barcine, si puissante auprès des soldats et du peuple, il resta, malgré les grands, seul maître de l'empire. Plus politique que guerrier, en offrant l'hospitalité aux petits princes de l'Afrique, il se concilia par les monarques l'affection des sujets, et accrut ainsi, non moins que par la guerre et les armes, la puissance de Carthage… » Tite Live, XXI, 2 .

Hannibal est le commandant de sa cavalerie. Hasdrubal fondera une capitale, Carthage la Neuve (Carthagène), mais périra assassiné en 221 avant J.C. C'est Hannibal qui va lui succéder et prendre le commandement des troupes numides.

Après la mort d'Asdrubal, personne ne douta que l'initiative des soldats qui avaient sur-le-champ porté le jeune Annibal dans le prétoire et l'avaient proclamé général d'un cri et d'une voix unanimes, ne fût confirmée par le suffrage du peuple…"C'est Amilcar dans sa jeunesse qui nous est rendu, s'écriaient les vieux soldats. Même énergie dans le visage, même feu dans le regard: voilà son air, voilà ses traits." Tite Live, XXI, 3.

C'est une ville espagnole, Sagonte, qui va être à l'origine de la deuxième guerre punique, une cité hostile aux Carthaginois et amie de Rome. Hannibal va l'assiéger (siège qui va durer 7 mois, il y sera blessé à la cuisse). Elle est bien en deçà de l'Ebre qui avait été fixé comme limite à ne pas franchir aux Carthaginois par le traité qui mettait fin à la 1ère guerre punique mais comme ville « alliée du peuple romain », elle était intouchable.

« Toutes les dispositions étaient prises; mais, pour mettre les formes de leur côté, avant d'engager la lutte, les Romains envoient en Afrique cinq ambassadeurs d'un âge vénérable, Q. Fabius, M. Livius, L. Aemilius, C. Licinius et Q. Bébius, avec ordre de demander aux Carthaginois si c'était au nom du gouvernement qu'Annibal avait assiégé Sagonte…alors Fabius fait un pli à sa toge, et dit: "Je porte ici la paix ou la guerre; choisissez." - " Choisissez vous-même!" lui crie-t-on avec une égale fierté. - "La guerre!" répond Fabius en secouant sa toge. - "La guerre!" répètent les Carthaginois, "et nous saurons la soutenir, comme nous l'acceptons." Tite Live, XXI, 18.

« Pour faire naître un motif de guerre, il choisit Sagonte, antique et opulente ville d'Espagne, illustre mais triste monument de fidélité aux Romains. Un traité commun aux deux peuples lui avait assuré son indépendance. Annibal, cherchant de nouveaux prétextes de troubles, la détruisit de ses propres mains et par celles de ses habitants, afin de s'ouvrir par la rupture du traité la route de l'Italie.
Les Romains ont le plus grand respect pour les traités. Apprenant qu'une ville alliée est assiégée, ils n'oublient pas qu'ils ont également conclu un traité avec les Carthaginois. Aussi ne courent-ils pas tout de suite aux armes, mais ils aiment mieux exposer d'abord leurs plaintes en se conformant aux usages établis.
Cependant depuis neuf mois déjà les Sagontins étaient épuisés par la faim, les machines et les combats ; leur fidélité se changeant finalement en frénésie, ils élèvent sur la place publique un immense bûcher, et s'y font périr par le fer et par le feu, avec les leurs et toutes leurs richesses.»
Florus, II.

Avant de gagner la péninsule latine, il épouse une princesse celtibère de la haute vallée du Guadalquivir et en 219 avant J.C., il va traverser les Pyrénées puis les Alpes et va porter la guerre en Italie où il va demeurer à peu près 10 ans.

« Du jour même où il fut nommé général, il sembla que l'Italie lui avait été assignée pour département, et qu'il devait porter la guerre contre Rome. » Tite live, XXI, 5.

Devant cette invasion, les Romains vont bien évidemment réagir et le sénat va dépêcher contre lui ses légions et ses consuls. Jamais un instant, malgré les plus sanglantes défaites, Rome ne se déclarera vaincue et ne songera, même un instant à baisser les bras.

Une première bataille va avoir lieu au Tessin , affluent du Pô. Elle va être conduite, du coté romain, par Scipion , le père du futur Scipion l'Africain . Ce dernier voulait barrer la route de l'Italie centrale à Hannibal qui venait de prendre Turin, il est battu et devant cette défaite de nombreux Gaulois qui étaient au service des Romains passèrent du coté des Carthaginois. L'autre consul, Sempronius , rejoint son collègue vaincu, il offre le combat au Carthaginois à la Trébie , ne voulant pas laisser le gain d'une victoire aux consuls de l'année suivante, on est en hiver et le mois de Mars est proche (mois commençant l'année et voyant les consuls élus entrés en fonction). Il va être trop pressé, il sera vaincu.

Après cette bataille, il va vouloir se diriger vers le sud de l'Italie, les consuls de 217 avant J.C. vont essayer de le stopper. Pour les éviter, il va passer par la zone marécageuse de l'Arno et là les efforts fournis vont lui coûter un œil, il va être borgne.

« Hannibal lui-même, souffrant des yeux par suite des variations de température du printemps qui faisait alterner la chaleur et le froid, porté par le seul éléphant survivant, pour être plus élevé au-dessus de l'eau, par suite des veilles, de l'humidité des nuits, de l'air des marais qui alourdissaient sa tête, et parce que ce n'était ni l'endroit ni le moment de se faire soigner, perdit un oeil. » Tite Live, XXII, 2.

Son œil perdu avait déjà été atteint par la maladie lors du passage des Alpes. Il va déboucher en Etrurie avec le consul C. Flaminius Nepos sur ses talons qui l'entraîne vers le lac Trasimène . Par une matinée brumeuse Flaminius est attaqué de tous les cotés, il va laisser 15.000 morts sur le terrain et aura 15.000 prisonniers. Après cette défaite sanglante, le sénat va confier le pouvoir à un dictateur, Q. Fabius Maximus , dont l'histoire retiendra le nom sous l'appellation du Cunctator (temporisateur). Pourquoi ce surnom ? Parce qu'il refusa le combat à Hannibal malgré les désirs contraires de ses subordonnés en particulier de son maître de cavalerie, Minuccius.

« Pendant qu'Hannibal était dans ces parages, Fabius, créé dictateur, après avoir offert des sacrifices aux dieux, partit de Rome, suivi de Minucius et de quatre légions qu'on avait levées pour lui. Lorsqu'il eut joint sur les frontières de la Daunie les troupes qui étaient venues d'Ariminum au secours de cette province, il ôta à Servilius le commandement de l'armée de terre, et le renvoya bien escorté à Rome, avec ordre, si les Carthaginois remuaient par mer, de courir où son secours serait nécessaire. Ensuite, il se mit en marche avec le général de la cavalerie, et alla camper en un lieu nommé Aigues, à cinquante stades du camp des Carthaginois.
Fabius arrivé, Hannibal, pour jeter l'épouvante dans cette nouvelle armée, sort de son camp, approche des retranchements des Romains, et se met en bataille. Il resta quelque temps en position, mais comme personne ne se présentait, il retourna dans son camp. Car Fabius avait pris la résolution, et rien dans la suite ne fut capable de la lui faire quitter, de ne rien hasarder témérairement, de ne pas courir les risques d'une bataille, et de s'appliquer uniquement à mettre ses troupes à couvert de tout danger. D'abord ce parti ne lui fit pas honneur, il courut des bruits désavantageux sur son compte, on le regarda comme un homme lâche, timide, et qui craignait l'ennemi, mais on ne fut pas longtemps à reconnaître que, dans les circonstances présentes, le parti qu'il avait pris était le plus sage et le plus judicieux que l'on pût prendre.»
Polybe, III, 19.

Devant un petit succès que remporte ce dernier, le voici nommé second dictateur, jamais Rome n'avait eut à sa tête deux dictateurs. Mais Minuccius va être battu par Hannibal, cela aurait pu tourner en déroute totale sans le secours apporté par Fabius et son armée.

« Déjà l'on était près de ne voir qu'un seul front formé par l'armée vaincue et par l'armée intacte, et on portait les enseignes contre l'ennemi, quand le Carthaginois fit sonner la retraite, Hannibal montrant ainsi ouvertement qu'il avait vaincu Minucius, mais que Fabius l'avait vaincu. » Tite Live, XXII, 29.

Minuccius fait amende honorable et se retrouve, comme avant second du Cunctator.

Hannibal qui ne veut pas attaquer la ville de Rome immédiatement car il manque de matériels de siège, se retrouve en Apulie devant Capoue, ville qui lui est favorable, elle n'a jamais accepté la domination romaine et par contre coup s'est tournée vers lui en signe d'indépendance. Mais avant de se rendre à Capoue, il va tenter de prendre Naples, il va échouer. Il va prendre ses quartiers d'hiver comme prévu à Capoue et au printemps 216 avant J.C., il prend d'assaut la citadelle de Cannes qui sert de grenier à provision à Rome et à son armée. La bataille qui s'ensuit voit s'affronter 87.000 Romains sous la conduite leurs consuls Caius Terentius Varro et Lucius Aemilius Paulus contre 40.000 Carthaginois, les chiffres varient suivant que l'on consulte Polyb e ou Tite Live. Ce fut un désastre pour les Romains et un chef d'œuvre de tactique pour Hannibal.

« …on partit, sous la pression du destin, pour Cannes, que devait illustrer un désastre romain. Près de ce village, Hannibal avait établi son camp, ayant à dos le vent Vulturne qui, dans ces plaines brûlées par suite de la sécheresse, transporte des nuages de poussière. Cela lui fut très commode pour son camp lui-même, et allait lui être salutaire au plus haut point quand on mettrait les armées en lignes, les Carthaginois, tournés de façon que le vent ne leur soufflait que dans le dos, ayant à combattre un ennemi aveuglé par des nuages de poussière. » Tite Live XXII, 43.

« Le lendemain, dès qu'il fait jour, les Carthaginois se mettent à ramasser les dépouilles, et à contempler le carnage, affreux même pour des ennemis. Là gisaient des milliers de Romains, fantassins et cavaliers, pêle-mêle, comme le hasard pendant le combat les avait réunis, ou pendant la fuite. Certains, se levant du milieu des cadavres, sanglants, réveillés par le froid du matin qui pinçait leurs plaies, furent tués par les ennemis ; certains, même parmi les gisants, furent trouvés vivants, les cuisses ou les jarrets coupés, et ils mettaient à nu leur cou et leur gorge, en demandant qu'on répandît ce qui leur restait de sang ; on en trouva certains la tête enfouie dans la terre creusée, et l'on voyait bien qu'ils s'étaient fait eux-mêmes ces trous, et qu'en se couvrant le visage de terre amoncelée, ils s'étaient étouffés. Ce qui attira le plus tous les regards, ce fut un Numide que, de dessous un Romain mort, on retira vivant, mais le nez et les oreilles déchirés, le Romain, dont les mains ne pouvaient plus tenir une arme, mais dont la colère tournait à la rage, ayant lacéré de ses dents son adversaire en expirant. » Tite Live, XXII, 51.

La bataille coûta 49.000 morts aux vaincus, même 70.000 pour certains historiens, quatre vingt sénateurs périrent. Le consul Aemilius Paulus figurait parmi eux. Du coté carthaginois, il n'y eut que 6.000 tués.

Devant la catastrophe de Cannes, les Romains ne s'avouèrent pas vaincus, le sénat nomma un dictateur M. Perra (maître de cavalerie : Tiberius Gacchus ) qui organisa 4 légions dont une partie des rangs fut constituée d'esclaves à qui on promit l'affranchissement. Dans la même année, Syracuse, qui était favorable au Carthaginois fut investie par les Romains et c'est au cours du siège de cette ville qui durera 2 ans qu'Archimède trouvera la mort en 212 avant J.C., la ville va tomber devant Marcus Claudius Marcellus

--- La mort d'Archimède

Un coté très déplaisant de cette défaite est que Philippe de Macédoine se tourna vers les Carthaginois et conclut un traité d'entr'aide avec eux, cela faisait un ennemi de plus à Rome.

Après Cannes, Hannibal envoya son frère, Magon, à Carthage avec un riche butin pour demander de nouveau renfort. Mais le parti ennemi des Barcides avec Hannon à sa tête convainc le sénat carthaginois de modérer son aide, Carthage ne va pas peser de tout son poids dans la bataille.

Autre conséquence de cette bataille, c'est qu'en haine de Rome, beaucoup de cités et de peuples vont se jeter dans les bras du Carthaginois, c'est ainsi qu'en 215 avant J.C., il domine la Campanie , la Lucanie , le Bruttium et l'Apulie.

Son frère, Asdrubal , va vouloir faire sa jonction avec lui mais il est battu et tué à la bataille du Métaure , il avait 34 ans.

« Les Romains, après cette victoire, pillèrent le camp des ennemis, Quantité de Gaulois y étaient couchés sur la paille et y dormaient plongés dans l'ivresse; ils les égorgèrent comme des victimes. Ils assemblèrent aussi tous les prisonniers, et il en revint au trésor public plus de trois cents talents. On compte qu'il resta sur le champ de bataille au moins dix mille hommes tant Carthaginois que Gaulois, et deux mille seulement de la part des Romains. Quelques-uns des principaux Carthaginois furent faits prisonniers, tout le reste fut passé au fil de l'épée. » Polybe, XI, 1.

Hannibal va alors se retirer dans le sud de l'Italie, dans le Bruttium (Calabre). Il va se maintenir encore 4 ans en Italie. En 15 ans de guerre, il n'eut en renfort que 4000 hommes tandis qu'au plus fort de la guerre, l'armée romaine sera composée de 23 légions pour 115.000 hommes. Il aura toujours été inférieur en nombre aux Romains. Ceux-ci vont essayer mais sans succès de contre attaquer en Espagne.

En 204 avant J.C., les Romains sous le commandement de Scipion qui deviendra l'Africain débarque en Afrique du Nord pour le forcer à quitter l'Italie et venir défendre son pays. Devant cette menace faite au sol national, le sénat carthaginois lui envoie une délégation pour lui demander de rentrer dans son pays et jouant sur les deux tableaux, les partisans de la paix, gens d'argent et commerçants (on ne peut faire de commerce sans tranquillité, en particulier sur la mer  : « En ces mêmes jours, environ quatre-vingts bateaux de charge carthaginois furent pris, près de la Sardaigne , par Cneius Octavius, qui commandait cette province. » Tite Live XXVIII, 46 . ), sous l'impulsion de Hannon, envoie une ambassade à Rome pour demander la paix.

Il revint donc en Afrique et débarqua à Leptis Minor (Lamta). Romains et Carthaginois, Scipion et lui vont se retrouver face à face à Zama (19 octobre 202 avant J.C., nord-est de la Tunisie , entre Tunis et Constantine.)

Juste avant la bataille, les deux généraux vont se rencontrer à l'initiative d'Hannibal mais cette entrevue va bien vite tourner court. Pour cette rencontre décisive, il ne va disposer que d'un noyau de combattants aguerris, des soldats qui l'ont suivi en Italie et puis on trouve des mercenaires et des Carthaginois sans expérience guerrière. Sa tactique reste la même tandis que celle des Romains a évolué. Bientôt ses ailes vont céder, son centre va résister plus longtemps avant lui aussi de rompre. Il va déserter le champ de bataille lorsqu'il va voir qu'il ne pouvait plus rien faire.

« Après avoir donné cette dernière preuve de ses talents, Annibal, qui s'était réfugié dans Adrumète, retourna à Carthage où il était mandé: il y avait trente-six ans qu'il en était parti enfant. Devant le sénat il déclara qu'il s'avouait vaincu non-seulement dans cette bataille, mais aussi dans la guerre, et qu'on n'avait d'espoir de salut qu'en obtenant la paix. » Tite Live, XXX, 35.

Il ne fut pas crucifié comme c'était la coutume pour un général carthaginois vaincu, peut-être était elle trop ancienne et tombée en désuétude à cette époque ? Et à cette époque, Plaute faisait jouer sa pièce : « Les Carthaginois » (Poenulus).
On le retrouve à Carthage qui vient de baisser la tête devant Rome, il va y passer 6 années.

 

Il va se lancer dans la vie politique et s'opposer à un parti conservateur ayant à sa tête Hannon pour qui le commerce compte avant tout. Il est élu « suffète » en 196 avant J.C. Il semblerait que cette fonction soit l'équivalent de celle de consul à Rome. En tant que chef du parti démocratique, il avait le soutien du peuple mais le parti aristocratique se dressa vite contre lui, il influença les Romains qui demandèrent son extradition pour avoir été un fauteur de guerre. Il se vit trahi par son pays, en 195 avant J.C., il partit pour l'étranger. Le sénat carthaginois fit de lui un proscrit et confisqua tous ses biens. Il se retrouva banni de son pays et recherché par les Romains. Sans doute pour garder le souvenir de son pays, il partit pour la ville, mère de Carthage, Tyr, il y demeura un an. De là, il trouva refuge chez le roi des Séleucides : Antiochos III . Ce dernier entama une guerre contre Rome. Hannibal essaya de le conseiller mais en vain. Il fut quand même chargé d'organiser une flotte en Phénicie, étrange pour quelqu'un qui s'était toujours battu sur terre, elle fut défaite par une escadre de Rhodes, ville alliée des Romains. Son hôte fut battu, il fut obligé de quitter la mer Egée et l'Asie Mineure ; fuyant toujours les Romains, on le retrouve en Bithynie chez le roi Prusias I qui est en guerre avec un allié de Rome, le roi Eumène de Pergame  ; là, il va passer les trois dernières années de sa vie. Les Romains firent pression sur son successeur, Prusias II, pour le leur livrer, pour qu'il soit remis entre les mains de leur ambassadeur, Flaminius , l'ancien consul. Pour éviter d'être livré à ses ennemis d'hier, il se suicida en ingurgitant du poison qu'il avait toujours sur lui ou que son esclave lui donna suivant une autre source. Il avait 64 ans. La même année mourut son rival, Scipion.

 

Hannibal

Par Cornelius Nepos

Nisard-1850

  I. Hannibal, fils d'Hamilcar, était Carthaginois. S'il est vrai, ce dont personne ne doute, que le peuple romain ait surpassé tous les peuples en valeur, on ne doit point nier qu'Hannibal n'ait autant excellé en prudence et en habileté par-dessus tous les autres capitaines, que le peuple romain devançait en courage toutes les nations. Car, toutes les fois qu'Hannibal en est venu aux mains avec lui, il est toujours sorti vainqueur du combat. Que s'il n'avait pas été affaibli chez lui par l'envie de ses concitoyens, il semble qu'il aurait pu vaincre les Romains. Mais la jalousie d'un grand nombre triompha du mérite d'un seul. Héritier de la haine de son père pour Rome il y resta si fidèle qu'il mourut avant d'y renoncer ; au point qu'ayant été chassé de sa patrie, et ayant besoin de secours étrangers, il ne cessa jamais de nourrir des projets de guerre contre les Romains. II. En effet, sans parler de Philippe, qu'il rendit de loin l'ennemi de Rome, le roi Antiochus fut le plus puissant de tous ceux de ce temps-là. Hannibal enflamma ce prince d'un si grand désir de faire la guerre, qu'il entreprit de porter ses armes en Italie, depuis les bords de la mer Rouge. Des ambassadeurs romains étant venus vers lui pour observer ses dispositions et travaillant par des menées clandestines à lui faire soupçonner qu'Hannibal, corrompu par eux-mêmes, avait des sentiments différents de ceux qu'il avait eus auparavant, et ne l'ayant pas fait en vain ; Hannibal l'apprit, et s'étant vu écarter des conseils secrets, il aborda le roi dans un moment favorable ; et, après lui avoir longuement parlé de sa bonne foi et de sa haine pour les Romains, il ajouta ces mots : « Mon père Hamilcar, quand j'étais petit enfant, puisque je n'avais pas plus de neuf ans, partant de Carthage pour l'Espagne en qualité de général, immola des victimes au grand Jupiter. Pendant que le sacrifice se faisait, il me demanda si je voudrais partir avec lui pour l'armée. Comme j'eus reçu cette proposition avec plaisir, et que je me fus mis à le prier de ne pas hésiter à m'emmener : Je le ferai, si tu me donnes la parole que je te demande. Et en même temps il me conduisit à l'autel, où il avait commencé à sacrifier ; et tous les autres assistants étant écartés, il m'ordonna, pendant que j'y posais la main, de jurer que je ne serais jamais en amitié avec les Romains. Ce serment que je fis à mon père, je l'ai gardé jusqu'à ce jour, de telle manière qu'il ne doit être douteux à personne que, durant le reste de ma vie, je ne sois dans la même disposition. Si donc tu médites quelque alliance à l'égard des Romains, tu feras prudemment de me le cacher ; mais quand tu prépareras la guerre contre eux, tu te nuiras à toi-même si tu ne me fais pas chef de l'entreprise. » III. À l'âge donc que nous avons dit, Hannibal partit pour l'Espagne avec son père ; à la mort d'Hamilcar, Hasdrubal lui ayant été donné pour successeur, Hannibal commanda toute la cavalerie. Le nouveau général ayant aussi été tué, l'armée lui déféra le suprême commandement. Ce choix, connu à Carthage, y fut approuvé par l'autorité publique. Hannibal ainsi fait général, ayant moins de vingt-cinq ans, soumit par les armes, dans le cours des années suivantes, toutes les nations de l'Espagne ; il prit de force Sagonte, ville alliée des Romains ; il forma trois armées très puissantes. II en envoya une en Afrique, il en laissa une en Espagne avec son frère Hasdrubal ; il mena la troisième avec lui en Italie. Il passa les défilés des Pyrénées. Partout où il fit route, il se battit avec les habitants du pays ; il ne laissa aucun peuple qu'il ne l'eût vaincu. Après qu'il fut arrivé aux Alpes, qui séparent l'Italie de la Gaule , que jamais personne n'avait traversées avant lui avec une armée, si ce n'est l'Hercule grec (d'où vient qu'aujourd'hui elles sont appelées les Alpes grecques), il tailla en pièces les habitants de ces montagnes, qui entreprenaient d'arrêter sa marche. Il s'ouvrit des passages, se fraya des chemins, et fit en sorte qu'un éléphant chargé pût marcher par des endroits où un homme seul et sans armes pouvait à peine ramper. Ce fut par là qu'il fit passer ses troupes, et qu'il parvint en Italie. IV. Il s'était battu près du Rhône avec le consul Cornélius Scipion, et l'avait repoussé. Il combattit le même consul auprès du Pô, pour Clastidium ; il le renvoya de là blessé et en fuite. Le même Scipion marcha une troisième fois contre lui vers la Trébie , avec son collègue Tibérius Longus. Hannibal en vint aux mains avec eux, et les défit l'un et l'autre. De là, il passa l'Apennin par le pays des Liguriens, marchant vers l'Étrurie. Dans cette route il fut attaqué d'un mal d'yeux si grave, que dans la suite il ne se servit jamais aussi bien de l'oeil droit qu'auparavant. Tandis qu'il était encore affligé de cette incommodité et qu'il était porté en litière, il fit perdre la vie au consul Caius Flaminius, et tailla en pièces son armée à Trasimène, après l'avoir cerné dans une embuscade. Il traita de même, peu de temps après, le préteur Caius Centénius, qui occupait des défilés avec un corps d'élite. Il entra ensuite en Apulie. Là, vinrent au-devant de lui les deux consuls, Caius Térentius Varron et L. Paul- Émile. Il mit en fuite leurs deux armées dans une seule bataille. Le consul Paul-Émile et, en outre, quelques consulaires y furent tués ; parmi ceux-ci, Cnéius Servilius Géminus, qui l'année précédente avait été consul. V. Après cette bataille, Hannibal marcha vers Rome sans trouver de résistance. Il s'arrêta sur les montagnes voisines de la ville. Après avoir campé là quelques jours, comme il retournait à Capoue, Quintus Fabius Maximus, dictateur des Romains, se présenta devant lui, sur le territoire de Falerne. Hannibal, enfermé dans des défilés, s'en dégagea la nuit, sans que son armée eût souffert. Il joua Fabius, général très rusé : car, pendant une nuit obscure, il mit le feu à des sarments liés aux cornes de jeunes taureaux, et lâcha de tous côtés une grande multitude de ces animaux, qui se dispersèrent çà et là. Par ce spectacle offert tout à coup aux yeux, il jeta une si grande terreur dans l'armée des Romains, qu'aucun d'eux n'osa sortir de son retranchement. Peu de jours après cette action, il mit en fuite, dans une bataille où il l'avait engagé par ruse, Marcus Minutius Rufus, maître de la cavalerie, qui avait une autorité égale à celle du dictateur. Dirigeant de loin les événements, il fit périr dans la Lucanie , après l'avoir attiré dans des embuscades, Tibérius Sempronius Gracchus, consul pour la seconde fois. Il fit perdre la vie de la même manière, auprès de Venouse, à Marcus Claudius Marcellus, qui avait été cinq fois consul. II serait long d'énumérer ses batailles. Un mot suffit pour faire juger de sa supériorité : tant qu'il fut dans l'Italie, personne ne lui résista sur un champ de bataille ; personne, après la bataille de Cannes, ne campa en plaine devant lui. VI. Ce guerrier invaincu, rappelé pour défendre sa patrie, fit la guerre contre Publius Scipion, fils de ce Publius Scipion que lui-même avait mis en fuite, d'abord près du Rhône, une seconde fois près du Pô, et une troisième auprès de la Trébie. Les ressources de sa patrie étant épuisées, il désira obtenir une trêve, pour l'attaquer dans la suite avec plus de force. Il eut une conférence avec Scipion, mais on ne s'accorda pas sur les conditions de la paix. Peu de jours après cet événement, il en vint aux mains avec le même général auprès de Zama. Battu et mis en fuite, il parvint, ce qui est incroyable à dire, en deux jours et deux nuits, à Adrumète, qui est distante de Zama d'environ trois cents milles. Dans cette fuite, les Numides, qui s'étaient sauvés avec lui du champ de bataille, lui tendirent des embûches ; non seulement il leur échappa, mais encore il les accabla eux-mêmes. À Adrumète, il recueillit le reste des fuyards, et, par de nouvelles levées, il forma en peu de jours un nombreux corps d'armée. VII Pendant qu'il s'occupait avec activité à préparer la guerre, les Carthaginois traitèrent avec les Romains. Hannibal n'en fut pas moins, ensuite, à la tête de l'armée, et il fit des entreprises en Afrique, ainsi que son frère Magon, jusqu'au consulat de Publius Sulpicius et de Caius Aurélius. Ceux-ci étant en charge, des ambassadeur carthaginois vinrent à Rome pour rendre grâces au sénat et au peuple romain de ce qu'ils avaient fait la paix avec eux, pour leur faire présent d'une couronne d'or, et leur demander en même temps que leurs otages fussent placés à Frégelles, et que leurs prisonniers leur fussent rendus. Il leur fut répondu, par un sénatus consulte, « que leur présent était agréable et bien reçu ; que leurs otages seraient dans le lieu où ils le demandaient ; mais qu'on ne leur remettrait point leurs prisonniers, parce qu'ils avaient, alors même encore, à la tête de leur armée, cet Hannibal par les mains duquel la guerre avait été entreprise, cet ennemi acharné du nom romain, et en même temps son frère Magon. » Les Carthaginois, ayant appris cette réponse, rappelèrent chez eux Hannibal et Magon. Hannibal revint et fut fait roi vingt-deux ans après avoir été préteur. Car on créait chaque année à Carthage deux rois annuels, comme deux consuls à Rome. Dans cette magistrature, Hannibal montra la même activité qu'il avait eue dans la guerre. Il trouva, en effet, dans de nouveaux impôts, non seulement de quoi payer aux Romains le tribut stipulé dans le traité, mais encore un excédent à verser dans le trésor public. Un an après sa préture, Marcus Claudius et Lucius Furius étant consuls, des ambassadeurs romains vinrent à Carthage. Hannibal, pensant qu'ils avaient été envoyés pour demander instamment qu'on leur livrât sa personne, avant qu'ils fussent admis au sénat, monta clandestinement sur un vaisseau, et s'enfuit en Syrie, auprès d'Antiochus. Cet événement devenu public, les Carthaginois envoyèrent deux bâtiments après lui, pour l'arrêter, s'ils pouvaient l'atteindre. Ils mirent ses biens en vente ; ils renversèrent sa maison de fond en comble ; ils le déclarèrent banni. VIII. Trois ans après sa fuite, Lucius Cornélius et Quintus Minucius étant consuls, Hannibal aborda en Afrique, sur les frontières des Cyrénéens, avec cinq vaisseaux, pour voir s'il pourrait par hasard entraîner les Carthaginois à faire la guerre, sur l'espoir et l'assurance du secours d'Antiochus, qu'il avait déjà persuadé de transporter ses armées en Italie. Il manda vers lui son frère Magon. Dès que les Carthaginois l'apprirent, ils frappèrent Magon absent de la même peine que son frère. Tout espoir étant perdu, les deux frères ayant levé l'ancre et mis à la voile, Hannibal parvint chez Antiochus. On a publié un double rapport sur la mort de Magon ; car les uns ont écrit qu'il périt dans un naufrage, les autres qu'il fut tué par ses propres domestiques. Quant à Antiochus, si, pour faire la guerre, il avait voulu se soumettre aux conseils d'Hannibal, comme il s'y était d'abord soumis en l'entreprenant, il aurait combattu pour l'empire plus près du Tibre que des Thermopyles. Quoique Hannibal lui vît tenter beaucoup d'entreprises d'une manière extravagante, il ne l'abandonna cependant en rien. Il commanda un petit nombre de vaisseaux, qu'il avait ordre de mener de Syrie en Asie, et avec ces vaisseaux il se battit contre la flotte des Rhodiens, sur la mer de Pamphylie. Quoique les siens fussent accablés par la multitude des ennemis, l'aile où il commandait conserva l'avantage. IX. Après la défaite d'Antiochus, Hannibal, craignant d'être livré aux Romains, ce qui serait sans doute arrivé, s'il eût exposé sa personne, se rendit en Crète, chez les Gortyniens, pour y réfléchir sur le lieu où il se réfugierait. Cet homme, le plus fin de tous, vit qu'il serait dans un grand péril, s'il ne prenait quelque précaution contre la cupidité des Crétois : car il portait avec lui une grande somme d'argent, et il savait que le bruit s'en était répandu. Voici l'expédient qu'il imagina : il remplit de plomb une grande quantité d'amphore ; il en couvre le haut d'or et d'argent ; il les dépose dans le temple de Diane, en présence des Gortyniens, feignant de confier ses richesses à leur bonne foi. Après les avoir ainsi induits en erreur, il remplit de son argent des statues d'airain qu'il portait avec lui, et les laisse par terre, à découvert, chez lui. Les Gortyniens gardent avec grand soin le temple, non pas tant contre d'autres que contre Hannibal, de peur que celui-ci n'enlevât quelque chose, à leur insu et ne l'emportât avec lui. X. Son bien ainsi conservé, et tous les Gortyniens joués, le Carthaginois se rendit auprès de Prusias, dans le Pont. Chez ce prince, il fut dans la même disposition à l'égard des Romains ; et il ne fit autre chose que de l'armer et de l'exciter contre eux. Comme il le voyait peu fort par ses ressources domestiques, il lui conciliait les autres rois, et lui unissait des nations belliqueuses. Eumène, roi de Pergame, prince grand ami des Romains, était en dissension avec Prusias, et la guerre se faisait entre eux et par mer et par terre, Hannibal désirait d'autant plus vivement qu'Eumène fût accablé. Mais Eumène était plus fort des deux côtés, à cause de l'alliance des Romains. Hannibal pensait que, s'il s'en délivrait, les autres entreprises lui seraient plus faciles à exécuter. Pour le faire périr, voici le moyen qu'il employa. Les deux rois devaient combattre sur mer dans peu de jours. Hannibal était inférieur par le nombre des vaisseaux ; il lui fallait combattre par la ruse, n'étant pas égal par les armes. Il ordonna qu'on ramassât une grande quantité de serpents venimeux, vivants, et qu'on les enfermât dans des vases de terre. Après qu'il en eut fait un grand amas, le jour même où il devait donner le combat naval, il convoque les soldats de marine, et leur commande de courir tous ensemble sur le seul vaisseau du roi Eumène ; de se borner à se défendre des autres, ajoutant qu'ils en viendraient facilement à bout grâce à la multitude de leurs serpents ; qu'au reste, il ferait en sorte qu'ils sachent quel vaisseau portait le roi ; s'ils le faisaient prisonnier, ou s'ils le tuaient, il leur promettait que cet exploit serait richement récompensé. XI. Cette exhortation faite aux soldats, les deux flottes s'avancent pour combattre. Rangées en ordre de bataille, avant que le signal du combat fût donné, Hannibal, pour indiquer clairement aux siens où se trouvait Eumène, envoie un messager dans un esquif avec le caducée. Aussitôt que celui-ci fut parvenu aux vaisseaux des ennemis, il déclara, en montrant une lettre, qu'il cherchait le roi. Sur-le-champ il fut conduit à Eumène, parce que personne ne doutait qu'on n'écrivît quelque chose de relatif à la paix. Le messager, après avoir ainsi découvert aux siens le vaisseau du chef, se retira vers le côté d'où il était venu. La lettre ouverte, Eumène n'y trouva rien, sinon des choses propres à le tourner en ridicule. Quoiqu'il fût étonné de cette conduite, et qu'il n'en imaginât pas la cause, il n'hésita cependant point à engager tout de suite le combat. Au premier choc des flottes, les Bithyniens, suivant l'ordre d'Hannibal, assaillent tous à la fois le vaisseau d'Eumène. Ce roi, ne pouvant soutenir leur impétueuse attaque, chercha son salut dans la fuite ; et il ne l'eût pas trouvé, s'il ne se fût retiré dans ses retranchements qui étaient établis sur le rivage prochain. Comme les autres vaisseaux pergaméniens pressaient trop vivement leurs adversaires, ceux-ci se mirent tout à coup à lancer les vases de terre dont nous avons fait mention ci-dessus. Ces vases ainsi jetés excitèrent d'abord le rire des combattants, et l'on ne pouvait comprendre pourquoi cela se faisait. Mais lorsque les Pergaméniens virent tous leurs vaisseaux remplis de serpents, épouvantés de cette nouveauté, ne voyant point quel péril ils devaient préférablement éviter, ils virèrent de bord, et regagnèrent leur camp naval. Hannibal surmonta ainsi, par l'adresse, les forces des Pergaméniens ; et non seulement cette fois, mais souvent, dans d'autres occasions, il mit en fuite les ennemis, par une égale prudence, avec des troupes de terre. XII. Pendant que ces choses se passaient en Asie, il arriva par hasard que les ambassadeurs de Prusias soupaient chez Lucius Quintus Flaminius, personnage consulaire ; on y parla d'Hannibal, et l'un d'entre eux dit qu'il était dans le royaume de Prusias. Le lendemain, Flaminius rapporta ce fait au sénat. Les pères conscrits, qui, Hannibal vivant, ne croyaient point devoir jamais être exempts de péril, envoyèrent en Bithynie des ambassadeurs, parmi lesquels était Flaminius, pour demander au roi de ne point garder auprès de lui leur ennemi déclaré, mais de le leur livrer. Prusias n'osa pas le leur refuser. Mais il les pria de ne point exiger qu'il fît une action qui était contre le droit de l'hospitalité ; ajoutant qu'ils l'arrêtent eux- mêmes, s'ils le pouvaient ; qu'ils trouveraient facilement l'endroit où il était. Hannibal ne se tenait, en effet, que dans un château dont le roi lui avait fait présent ; et il l'avait disposé de manière à se ménager des issues de tous les côtés, craignant toujours de voir arriver d'un moment à l'autre ce qui lui arriva. Les ambassadeurs romains s'étant rendus au château et l'ayant fait cerner par une multitude de soldats, un jeune domestique, qui regardait de la porte, dit à Hannibal que, contre la coutume, il paraissait un grand nombre d'hommes armés. Hannibal lui ordonna de faire le tour de toutes les portes de l'édifice, et de lui rapporter promptement s'il était de même investi de tous côtés. Le domestique lui ayant bientôt annoncé ce qui était, et déclaré que toutes les issues étaient occupées, il sentit que cela ne s'était point fait fortuitement, mais qu'on le cherchait, et qu'il ne devait pas conserver la vie plus longtemps. Pour ne pas la quitter au gré d'autrui, se rappelant ses anciennes vertus, il prit le poison qu'il avait coutume d'avoir toujours avec lui. XIII. C'est ainsi que cet homme courageux, après tant de travaux divers, trouva le repos à l'âge de soixante-dix ans. On ne convient point sous quels consuls il mourut. Car Atticus, dans ses Annales, écrit que ce fut sous le consulat de Marcus Claudius Marcellus et de Quintus Fabius Labéon. Mais Polybe dit que ce fut sous celui de Lucius Émilius Paulus et de Cnéius Bébius Tamphilus, et Sulpicius, sous celui de Publius Cornélius Céthégus et de Marcus Bébius Tamphilus. Ce grand homme, au milieu de guerres si importantes, s'adonna quelque temps aux lettres. On a de lui quelques livres écrits en langue grecque. Parmi eux est celui adressé aux Rhodiens, sur les expéditions de Cnéius Manlius Vulson en Asie. Plusieurs historiens ont transmis à la postérité les guerres qu'il a faites ; principalement deux qui habitèrent les camps et vécurent avec lui, tant que la fortune le permit : Silène et Sosile de Lacédémone. Hannibal eut même ce Sosile pour maître de lettres grecques. Mais il est temps, présent, de finir le premier livre, relatif aux capitaines grecs, et d'exposer les vies des capitaines romains, afin que, des actions des uns et des autres comparées, on puisse plus facilement juger quels sont ceux qu'on doit préférer.

Fin

bibliographie

par Jean Malye

par Serge Lancel

par Geoffroy de Galbert